Un incident marquant s’est produit le 15 mai 2026 à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC). Lors d’une séance plénière, la députée Micheline Mpundu, en train de conclure sa prise de parole, a été la cible de remarques sexistes de la part du deuxième vice-président Christophe Mboso, alors en charge de la présidence de la séance. Avec des propos à caractère misogyne, il a publicisé son jugement sur son apparence physique en déclarant, sous les rires et applaudissements de l’hémicycle : « Merci collègue, elle est très belle… hein. Regardez-la par vous-mêmes », avant de mimer, mains levées, les formes de son corps en ajoutant : « Dieu l’a créée » et « ce sont les biens d’un autre ».
Malgré l’indignation suscitée par cette scène, notamment parmi les défenseurs des droits humains et certains responsables politiques, aucune sanction n’a été prononcée à l’encontre du député. Ce comportement, loin d’être isolé, révèle une réalité bien plus large : le Parlement congolais, comme d’autres institutions africaines, reste un espace où les femmes élues subissent des violences verbales et symboliques, remettant en cause leur légitimité à exercer leur mandat.
Cette affaire illustre un problème structurel qui dépasse le simple écart de conduite. Elle met en lumière l’écart persistant entre les engagements formels de la RDC en matière d’égalité de genre et la réalité vécue par les femmes parlementaires. Ces dernières, bien que représentant 13 % des sièges à l’Assemblée nationale dans un pays où elles constituent 51 % de la population, continuent d’être jugées non pas sur leurs contributions politiques, mais sur leur apparence ou leur conformité aux rôles traditionnels.
Un phénomène généralisé en Afrique
Les violences sexistes dans les parlements africains ne sont pas un cas isolé. Elles s’inscrivent dans un système plus large qui entrave la participation politique des femmes. Dès les années 1990, avec les vagues de démocratisation, le nombre de femmes élues avait connu une progression notable, triplant entre 1990 et 2010. Pourtant, cette avancée quantitative n’a pas été accompagnée d’un changement culturel profond au sein des institutions. La présence des femmes a souvent été perçue comme une menace par certains collègues masculins, qu’ils soient de l’opposition ou d’un même parti politique.
Selon une étude mondiale menée en 2016 par l’Union interparlementaire (UIP) auprès de femmes parlementaires de 39 pays, plus de 65,5 % des élues déclarent avoir subi des agressions verbales ou des insultes répétées au cours de leur mandat. Ces chiffres, alarmants, révèlent que le sexisme dans les parlements n’est pas une exception congolaise, mais une tendance africaine et internationale. Les femmes y sont souvent évaluées non pas sur leurs compétences politiques, mais sur leur apparence, leur statut marital ou leur rôle traditionnel au sein de la société.
Une enquête conjointe de l’UIP et de l’Union parlementaire africaine (UPA) en 2021 a confirmé cette réalité : malgré les progrès législatifs, la participation politique effective des femmes reste limitée par des résistances structurelles. Le sexisme ne s’arrête pas aux portes des institutions ; il s’y installe, parfois même depuis le perchoir, comme l’a montré l’incident impliquant le député Mboso.
Les applaudissements qui ont accompagné les propos de Mboso ne sont pas anodins. Ils reflètent un système qui tolère et normalise ces comportements, comme l’explique la philosophe australienne Kate Manne. La violence sémiotique, concept développé par la politologue Mona Lena Krook, désigne ces gestes, mots ou rires qui rappellent aux femmes qu’elles sont perçues comme des corps avant d’être des législatrices. L’exemple de Mboso, qui a mimé le corps de sa collègue, illustre cette réduction des femmes à leur apparence physique, même dans un espace politique.
Le concept de colonialité du genre, proposé par la féministe María Lugones, éclaire cette contradiction : les femmes parlementaires congolaises sont élues dans les mêmes conditions que leurs collègues masculins, mais restent soumises à des systèmes de contrôle patriarcal qui les marginalisent. Elles ont des droits égaux sur le papier, mais inégaux dans les faits.
Des cas emblématiques en Afrique
L’incident congolais n’est pas un cas isolé. En 2022, au Sénégal, la députée Amy Ndiaye, alors enceinte, a été victime de violences physiques en plein hémicycle. En 2025, au Nigeria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue pour avoir dénoncé le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part du président du Sénat. Ces exemples montrent que, malgré les engagements en faveur de l’égalité, les parlements africains peinent à garantir la dignité des femmes élues.
Des précédents congolais
La RDC a déjà été le théâtre d’autres scènes de sexisme institutionnel. En 2020, l’ancien président du Sénat, Thambwe Mwamba, a publiquement humilié la sénatrice Bijoux Ngoya en révélant des réunions secrètes entre eux, sous-entendant qu’elle avait cherché à obtenir son appui en échange d’avances. En 2021, le député Nsingi Pululu a interrompu la députée Christelle Vuanga en lui lançant simplement : « Vous êtes une femme », réduisant ainsi sa parole à sa condition de genre dans un débat constitutionnel.
Ces incidents confirment que l’écart entre les textes et la pratique persiste en RDC. Malgré la ratification de conventions internationales et l’adoption de lois progressistes, comme le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en 2025, les comportements sexistes restent impunis. Le silence autour de l’affaire Mboso envoie un message clair : les femmes qui envisagent une carrière politique doivent s’attendre à subir des violences symboliques et verbales sans que leurs auteurs ne soient sanctionnés.
Vers une transformation nécessaire
Comme l’écrivait Simone de Beauvoir en 1949, les femmes restent définies comme « les autres » dans les sociétés patriarcales. En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais, où les députées continuent d’être réduites à leur corps plutôt qu’à leurs idées. Ces comportements sapent la démocratie de l’intérieur et envoient un signal préoccupant aux citoyennes congolaises.
D’autres parlements ont montré qu’il était possible de changer cette culture, comme en témoignent les campagnes #NotTheCost ou #NotInMyParliament. Ces initiatives prouvent que la mise en place de sanctions concrètes et la protection des victimes peuvent transformer les mentalités. En RDC, une loi ne suffit pas : son application est indispensable. Le cas Mboso doit servir d’électrochoc pour que les institutions congolaises passent enfin des engagements aux actes.
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