31 juillet 2026

Burkina Voix

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Fonds politiques : le système controversé révélé par Sonko n’est pas une première au Sénégal

Lors d’une séance mémorable à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais, a levé le voile sur un fonds politique de 1,77 milliard de francs CFA alloué à la Primature. Une révélation qui a mis en lumière une pratique ancienne, entourée d’opacité et de débats politiques.

Premier ministre sénégalais tenant une déclaration sur les fonds politiques

Cette enveloppe, dont le montant avoisine 1,7 milliard de francs CFA chaque année, sert traditionnellement à financer des missions délicates de l’État. Si le président de la République dispose d’une enveloppe bien plus conséquente, estimée à près de 11 milliards de francs CFA, le fonds de la Primature a longtemps opéré dans une totale discrétion.

Un système ancien qui a traversé les gouvernements

Contrairement aux idées reçues, Ousmane Sonko n’est pas le premier bénéficiaire de ces fonds politiques à la Primature. Depuis des décennies, chaque chef du gouvernement sénégalais en a disposé, souvent sans que le grand public n’en connaisse l’étendue ni les usages. Le montant attribué, généralement fixé à 1,7 milliard de francs CFA, a toujours été alloué avec une grande latitude, sans obligation de transparence.

Ce système, bien que controversé, n’a jamais fait l’objet de remises en question majeures avant que Sonko ne décide de le rendre public. Son initiative a ainsi révélé une pratique ancrée dans les rouages de l’État, mais rarement évoquée en dehors des cercles politiques.

Le tournant de la révélation publique

Tout a basculé en mai 2026, lorsque Ousmane Sonko a confirmé l’existence de ce fonds lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale. Un aveu qui a surpris, car il avait précédemment nié détenir une telle enveloppe. Face aux députés, il a justifié son maintien par la nécessité de financer des opérations sensibles, tout en plaidant pour un encadrement plus strict de son utilisation.

Sonko s’est inspiré de modèles occidentaux, où c’est le chef du gouvernement, et non le président, qui gère ce type de fonds. Une approche qu’il souhaite voir appliquée au Sénégal, sous le contrôle d’une commission indépendante. Une position qui n’est pas nouvelle : dès 2019, son parti, le PASTEF, avait déjà pointé du doigt l’absence de contrôle sur ces fonds, une critique qu’il avait réitérée depuis 2014.

Une divergence politique aux conséquences immédiates

L’annonce de Sonko a révélé une fracture avec le président Bassirou Diomaye Faye. En défendant l’autonomie de la Primature sur ces fonds, il a mis le chef de l’État face à un dilemme : accepter une plus grande indépendance du Premier ministre ou réaffirmer son autorité centrale. Le président a finalement tranché en destituant Sonko, mettant un terme à une alliance née de l’alternance politique de 2024.

Les tensions autour de ces fonds ont connu un nouveau rebondissement fin juillet 2026. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, a révélé que Sonko aurait demandé une rallonge budgétaire après avoir épuisé son enveloppe annuelle. Une information qui a relancé les polémiques, sans que l’on sache si cette demande avait été acceptée.

Face à cette opacité persistante, des acteurs de la société civile, comme Moundiaye Cissé de l’ONG 3D, exigent désormais la publication des rapports d’utilisation de ces fonds pour les deux dernières années. Une transparence indispensable, selon eux, pour évaluer l’efficacité et la légitimité de ce système.