28 juillet 2026

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Maroc : pour la libération immédiate du cinéaste et rappeur marocain El Mahdi Lyoubi

Maroc : pour la libération immédiate du cinéaste et rappeur marocain El Mahdi Lyoubi

28/07/2026
Lettre ouverte
Maroc
en fr
  • Défenseurs des droits humains

Détenu depuis le 13 juillet 2026 à la suite d’une interdiction de quitter le territoire dont les motifs n’ont pas été rendus publics, le cinéaste et musicien marocain El Mahdi Lyoubi est au cœur d’une affaire qui soulève de sérieuses préoccupations pour la liberté d’expression et de création artistique au Maroc. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, ainsi qu’un collectif d’institutions culturelles, d’associations professionnelles, de journalistes, de personnalités universitaires, littéraires et artistiques et de défenseur·es des droits humains, appelle les autorités marocaines à le libérer immédiatement

21 juillet 2026. Né en 1992 à Salé et installé à Marseille depuis 2017, El Mahdi Lyoubi s’est formé à la Fémis et mène depuis plusieurs années une carrière de réalisateur reconnue à l’international. Son court métrage documentaire « Marseille, 14 juillet » a été sélectionné dans de nombreux festivals, parmi lesquels New Directors-New Films (MoMA, New York), le Sheffield DocFest, le festival de Kerala, les Escales documentaires, le Festival franco-arabe de Noisy-le-Sec, le Festival de cinéma africain de Tarifa et le Festival de Thessalonique. Il travaille actuellement à son premier long métrage documentaire, un projet sélectionné en 2025 par le Fonds arabe pour les arts et la culture (Afac). Connu également sur la scène musicale marocaine sous le nom de Mehdi Black Wind, il développe depuis les années 2010 une œuvre portant sur des questions de justice sociale et de liberté d’expression. En septembre 2025, il s’est produit au festival L’Boulevard à Casablanca devant plus de 50 000 personnes.

Le 10 juillet 2026, alors qu’il s’apprêtait à regagner Marseille après un séjour familial et des repérages pour son prochain documentaire, El Mahdi Lyoubi a été informé en salle d’embarquement de l’aéroport de Rabat-Salé d’une interdiction de quitter le territoire le visant, sans lui communiquer les motifs de cette décision.

Empêché d’embarquer vers la France, il a été renvoyé vers le commissariat de Salé, où les agents présents n’ont pas plus été en mesure de lui expliquer cette décision, et lui ont remis une convocation à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca pour le lundi 13 juillet 2026.

Auditionné toute la journée, il a été placé en garde à vue le soir même. Ses proches n’ont été informé·es que tardivement, et de manière informelle, que son arrestation serait liée à des publications sur les réseaux sociaux, sans autre précision, et qu’il passerait devant le procureur mercredi 15 juillet.

Déféré devant le procureur puis présenté à un juge, El Mahdi Lyoubi a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt d’Oukacha dans l’attente de son audience fixée au 22 juillet prochain. Cette procédure se déroule dans le contexte de la grève généralisée des avocats au Maroc qui empêchent ces derniers de l’assister. A ce jour, ses avocates n’ont donc toujours pas pu s’entretenir avec lui ni avoir accès au dossier judiciaire. Sa famille n’a pas non plus eu le droit de lui rendre visite en détention.

Une dérive préoccupante visant l’expression artistique

L’arrestation d’El Mahdi Lyoubi ne constitue pas un cas isolé. Depuis l’automne 2025, plusieurs artistes ont été poursuivis ou condamnés au Maroc pour le contenu de leurs œuvres ou de leurs publications. Le rappeur Jawad Asradi, connu sous le nom de Pause Flow, a été arrêté en novembre 2025 et placé en détention provisoire en raison des paroles de plusieurs de ses chansons, avant d’être condamné à trois mois de prison avec sursis pour outrage à un corps constitué, peine confirmée en appel en juin 2026.

Le rappeur Hamza Raid a été interpellé à Casablanca et condamnée à six mois de prison avec sursis. En mars 2026, le rappeur Souhaib Qabli, âgé de 20 ans, a été condamné à huit mois de prison ferme pour outrage à une institution constitutionnelle et diffusion de fausses nouvelles. En février 2026, la distributrice de cinéma Zineb Kharroubi a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique.

Ces affaires, distinctes dans leurs modalités, dessinent pourtant une même tendance : la criminalisation croissante de l’expression artistique. Or, l’article 25 de la Constitution du royaume du Maroc garantit les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes leurs formes. C’est au nom de ce texte fondamental, autant que des engagements internationaux du Royaume, que nous exprimons notre préoccupation.

Elles s’inscrivent dans un contexte marqué, depuis l’automne 2025, par le mouvement de contestation GenZ 212. Ce mouvement, coordonné en grande partie sur les réseaux sociaux, portait des revendications relatives à l’accès à la santé et à l’éducation, à la lutte contre la corruption et à la liberté d’expression.

Convaincu·es que la liberté de création et d’expression est une condition essentielle à la vitalité culturelle et démocratique de toute société, les signataires de cette lettre, demandent aux autorités marocaines de :

 Garantir à El Mahdi Lyoubi l’ensemble des droits et garanties procédurales reconnus par la Constitution marocaine, la législation nationale et les engagements internationaux du royaume du Maroc, notamment le plein exercice des droits de la défense ;
 Réexaminer sans délai toute mesure restrictive de liberté ou de circulation prise à son encontre afin de s’assurer qu’elle repose sur une base légale claire, qu’elle réponde à un objectif légitime et qu’elle respecte les principes de nécessité et de proportionnalité ;
 Veiller à ce que le traitement de cette affaire soit pleinement conforme aux garanties du procès équitable ainsi qu’aux obligations constitutionnelles et internationales du Maroc en matière de protection des droits humains et des libertés fondamentales ;
 Renforcer les conditions permettant aux artistes, créateurs et acteurs culturels d’exercer librement leurs activités et de participer au débat public dans un climat respectueux des libertés, du pluralisme et de la diversité des expressions artistiques et culturelles.
 Libérer immédiatement et sans condition El Mahdi Lyoubi.

Nous restons attentif·ves à l’évolution de ce dossier et disponibles pour tout dialogue constructif avec les autorités compétentes

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  • Défenseurs des droits humains

  • Co-signataires

    Association marocaine des droits humains
    Avocats sans frontières
    Festival Visions du Réel
    Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains
    La Fémis
    Lincoln Center for the Performing Arts
    Ligue des Droits de l’homme
    Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains
    Syndicat de la magistrature
    The International Coalition for Filmmakers at Risk

    Personnalités publiques :

    Adele Haenel
    Aïssa Maïga
    Alice Diop
    Annie Ernaux
    Bachar Mar-Khalifé
    Clément Cogitore
    Edouard Louis
    Fatna El Bouih
    Françoise Vergès
    Geoffroy de Lagasnerie
    Georges Didi-Huberman
    Guillaume Cailleau
    Judith Lévy
    Leaticia Dosch
    Lina Soualem
    Louis Arène
    Maguy Marin
    Mati Diop
    Milo Rau
    Montassir Sakhi
    Pinar Selek
    Robert Guédiguian
    Tiago Rodrigues
    Virginie Despentes

  • Organisations membres – Maroc
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    Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM)
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    Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)
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    Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH)

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