Un échec retentissant, lourd de symboles, a frappé les forces de l’Africa Corps au Mali. Le 26 avril, dans la ville stratégique de Kidal, située au nord-est du pays, les mercenaires russes, qui ont succédé au groupe Wagner en 2025 et soutiennent la junte de Bamako, ont été contraints à une défection humiliante. Des images circulant sur les réseaux sociaux ont montré ces hommes, à bord de camions et désarmés, sous la pression du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), également connu sous le nom de JNIM, et de leurs alliés rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ce retrait précipité a conduit à l’abandon de dizaines de véhicules blindés et d’hélicoptères, tombés entre les mains des djihadistes et rebelles. Parallèlement, plusieurs soldats maliens ont été faits prisonniers après de brefs affrontements.
Depuis le 25 avril, le Mali est la cible d’une série d’attaques coordonnées, orchestrées par des groupes djihadistes du GSIM, liés à Al-Qaïda, en collaboration avec la rébellion indépendantiste touarègue du FLA. Ces offensives ont visé des positions stratégiques de la junte militaire à travers le territoire, y compris dans les environs de la capitale, Bamako.
Une revanche attendue depuis 2023
Le 28 avril, le groupe paramilitaire Africa Corps, désormais sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, a confirmé le retrait de ses troupes de la ville septentrionale de Kidal. Pour les rebelles du FLA, cette retraite représente une victoire symbolique, une revanche sur l’épisode de novembre 2023, où les mercenaires de Wagner avaient pris la ville, y hissant fièrement leur étendard. Cet événement marque un revers cinglant pour les alliés russes de la junte malienne. Djenabou Cissé, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche stratégique, souligne que « le seul véritable succès stratégique permis par les Russes depuis leur arrivée au Mali en 2021 était précisément la prise de Kidal, un bastion touareg historique. Sa chute actuelle sonne comme un désaveu manifeste. »
Les attaques coordonnées du GSIM n’ont pas épargné la capitale, Bamako, ni la ville de Kati, où se trouve la principale base militaire du Mali, ainsi que Gao, ancienne base de l’ONU. Au total, au moins six localités ont été prises pour cible à travers le pays.
Depuis le coup d’État de 2021, le Mali est dirigé par une junte militaire. Le pays est également confronté depuis des années à l’intensification des actions des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda, qui ont contribué à faire de la région l’épicentre mondial du terrorisme et de ses victimes en 2025, selon un rapport de l’Institute for Economics and Peace. Depuis l’été 2025, les djihadistes ont infligé de nombreuses défaites aux forces armées maliennes et à leurs alliés russes, instaurant notamment des blocus autour de la capitale pour tenter de l’asphyxier économiquement.
Une inefficacité flagrante
Pour contrer l’avancée djihadiste, les dirigeants militaires maliens ont fait appel à des mercenaires russes, d’abord avec Wagner à partir de 2021, puis avec Africa Corps depuis 2025. Cependant, cette présence n’a pas enrayé la violence, qui n’a fait qu’empirer. Plusieurs rapports des Nations unies et de la Fédération internationale pour les droits humains ont notamment documenté depuis 2021 une recrudescence des violences sexuelles liées au conflit, attribuées aux forces de défense et de sécurité maliennes et à leurs supplétifs russes.
Selon Wassim Nasr, journaliste expert des mouvements djihadistes, « il était évident depuis longtemps que les mercenaires russes étaient inefficaces en tant que partenaires de lutte contre le terrorisme, que ce soit au sein de Wagner ou désormais d’Africa Corps. Les attaques du 25 avril n’ont fait que confirmer ces difficultés. »
Au cours du week-end, des vidéos provenant de diverses régions du Mali ont illustré l’ampleur des attaques. À Kidal, les djihadistes ont pris d’assaut le bureau du gouverneur. À Bamako, des résidents ont observé l’entrée des combattants du GSIM dans la ville sans rencontrer de résistance significative. En périphérie de la capitale, à Kati, quartier général de la junte, une attaque à la bombe a détruit la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, qui a péri dans cette offensive.
Questionnements et accusations de trahison à Kidal
Le 28 avril, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est exprimé devant la presse, rendant hommage au ministre de la Défense Sadio Camara, tout en cherchant à apaiser la population du Mali. Lors d’une brève allocution télévisée, sa première apparition depuis le début de l’offensive djihadiste du 25 avril, le président et chef de la junte, Assimi Goïta, a quant à lui déclaré le 29 avril au soir que la situation était « sous contrôle », affirmant que les opérations se poursuivraient jusqu’à la « neutralisation complète des groupes impliqués » dans les attaques.
Malgré les déclarations officielles, l’échec des Famas et des soldats de l’Africa Corps est déjà sujet à des interrogations au Mali, malgré les contraintes sur la liberté d’expression. Un officier malien a confié : « Les Russes nous ont trahis à Kidal. » Selon cette source, le gouverneur de la région aurait alerté les mercenaires russes « trois jours avant l’attaque, et ils n’ont rien fait. En réalité, ils avaient déjà négocié leur départ. » Si les forces russes ont quitté Kidal, des informations suggèrent qu’elles pourraient également se retirer d’autres localités du nord, ce qui risquerait de fragiliser davantage l’armée régulière malienne.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a refusé de commenter la capacité de l’Africa Corps à maîtriser la situation lors de son briefing quotidien du 29 avril. Il a toutefois affirmé que les forces russes avaient empêché les combattants du FLA et du GSIM de mener une tentative de coup d’État au Mali.
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