26 mai 2026

Burkina Voix

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Le Tchad face au défi de l’accueil des réfugiés soudanais et à ses propres crises internes

Dans le tourbillon de la guerre qui ravage le Soudan, le Tchad s’impose comme la principale terre d’asile en Afrique centrale. Si une timide accalmie humanitaire a été observée l’an dernier, cette nation, parmi les plus fragiles du continent, se démène toujours pour secourir quatre millions de personnes en détresse.

Un fardeau humanitaire sans précédent

Le conflit déclenché en avril 2023 entre factions militaires rivales au Soudan a provoqué le déplacement de 14 millions de personnes. Selon les Nations Unies, les répercussions de ce chaos s’étendent aux sept pays frontaliers, mais c’est au Tchad que l’impact est le plus fulgurant. Le pays accueille désormais le plus grand nombre de réfugiés par habitant sur le sol africain.

« La générosité dont fait preuve le Tchad est un témoignage de solidarité exceptionnel », a souligné Barham Salih, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Pourtant, alors que plus de 900 000 Soudanais ont franchi la frontière orientale, 40 % de la population locale tchadienne dépend elle-même de l’aide internationale pour survivre.

Des réfugiés soudanais fuyant les violences arrivent à la ville frontalière d'Adré, au Tchad (photo d'archives).

Une nation sous pression multidimensionnelle

Surnommé la « Tour de Babel » pour sa diversité culturelle regroupant 200 ethnies et 100 langues, le Tchad est l’un des États les plus démunis au monde, avec 42 % de ses habitants vivant dans l’extrême pauvreté. Malgré l’accueil de 1,5 million de réfugiés au total, le pays doit composer avec des chocs climatiques violents et une instabilité sécuritaire persistante.

Urgence climatique et famine menaçante

Le nom du pays, évocateur d’une « grande étendue d’eau », rappelle l’importance vitale du lac Tchad. Cependant, ce dernier s’amenuise sous l’effet du réchauffement climatique. En 2024, des inondations catastrophiques ont ravagé 432 000 hectares de terres agricoles, impactant deux millions de personnes et favorisant des épidémies de choléra.

Les prévisions sont alarmantes : entre fin 2025 et septembre 2026, environ deux millions d’enfants tchadiens risquent de souffrir de malnutrition aiguë, dont près d’un demi-million dans une forme sévère, selon les données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

Défis sécuritaires et vulnérabilités

L’insécurité demeure une plaie ouverte. Les attaques de Boko Haram et de ses branches affiliées dans le bassin du lac Tchad ont déjà forcé 250 000 personnes à fuir. Au nord, le trafic illégal et l’exploitation sauvage du charbon aggravent les violences de genre et le travail des mineurs. Cette situation est d’autant plus critique que 87 % des réfugiés sont des femmes et des enfants.

Des forces de sécurité patrouillent à Adré, au Tchad.

La réponse de la communauté internationale

Grâce à la collaboration entre le gouvernement et le HCR, les deux tiers des exilés soudanais ont été relocalisés dans des zones d’accueil sécurisées. Le Conseil de sécurité de l’ONU prévoit de se réunir le 19 février pour traiter de l’urgence au Soudan, avec un accent particulier sur la protection des femmes.

Le plan d’action humanitaire 2026 pour le Tchad, piloté par l’OCHA, cible 3,4 millions de bénéficiaires avec un budget nécessaire de 986 millions de dollars. Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, a précisé que les efforts se concentreront sur les zones les plus vulnérables, notamment à l’est et dans la province du Lac.

Résilience : le parcours de Radwa

Radwa Abdelkarim, mère de six enfants, incarne cet espoir. Après avoir tout perdu dans la guerre en juin 2023, elle a rejoint le camp de Farchana. Grâce à sa détermination et au soutien financier du HCR, elle a lancé une boulangerie, puis deux épiceries et un restaurant. Aujourd’hui, elle emploie 12 autres réfugiés.

« Mon but est d’épauler les autres femmes pour que nous puissions avancer ensemble », confie-t-elle. Son exemple illustre la force de la solidarité au cœur de la crise.