26 mai 2026

Burkina Voix

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Le Sénégal s’attaque au gaspillage des infrastructures publiques inutilisées

Les autorités du Sénégal ont entamé une réorganisation profonde de la gestion du patrimoine public, en ciblant prioritairement vingt-cinq infrastructures achevées mais restées inactives. Ce parc immobilier et technique, bien que livré, n’a jamais rempli ses fonctions initiales. Selon les analyses officielles, ces actifs immobilisés représentent un investissement global de 279 milliards de francs CFA. Cette somme colossale constitue une ressource financière bloquée, sans aucune retombée économique ou sociale pour la population, révélant une déconnexion critique entre la construction des ouvrages et leur mise en exploitation effective.

Une évaluation rigoureuse des infrastructures dormantes

Cette initiative repose sur un inventaire exhaustif des biens étatiques. Les experts ont identifié une série de bâtiments administratifs, de structures sectorielles et de complexes économiques qui, bien que physiquement terminés, demeurent vides. Cette situation engendre une perte financière continue : l’amortissement des infrastructures progresse sans contrepartie de service, tandis que des frais de maintenance minimale, de surveillance et de sécurisation s’accumulent. De plus, l’absence d’occupation accélère souvent la dégradation prématurée des locaux.

L’ambition de l’État est de réintégrer ces équipements dans le circuit actif par le biais de redéploiements, de mutualisations entre services publics ou de collaborations avec le secteur privé. L’analyse détaillée a permis d’identifier les causes de ce blocage : absence de budget de fonctionnement au moment de la livraison, édifices construits sans affectation précise ou encore manque de planification logistique pour assurer le démarrage des activités.

Une stratégie dictée par l’équilibre budgétaire

Le lancement de cet audit intervient dans un contexte politique précis. Les nouvelles autorités, en place depuis 2024, ont placé la transparence des comptes et la rigueur budgétaire au cœur de leur action. Dans un environnement marqué par un service de la dette pesant et une volonté de limiter le recours aux emprunts extérieurs, la récupération de ces 279 milliards de francs CFA d’actifs déjà financés offre une bouffée d’oxygène financière immédiate.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des audits lancés sur les contrats publics et la gestion des structures parapubliques. La logique est claire : optimiser l’existant avant d’envisager de nouveaux investissements ou d’augmenter la pression fiscale. Cette orientation répond également aux préoccupations exprimées par les institutions de contrôle qui, par le passé, avaient déploré les lacunes dans le suivi des projets après leur réception technique.

Réformer la gouvernance et la reddition des comptes

Au-delà de l’aspect purement comptable, ce diagnostic pointe du doigt les faiblesses de la gouvernance des grands travaux. Trop souvent, le cycle de vie d’un projet est perçu comme terminé à la remise des clés, alors que l’utilité réelle ne commence qu’à l’exploitation. Le cloisonnement entre les ministères chargés de la conception, du financement et de la gestion finale favorise ces dysfonctionnements. Les partenaires financiers insistent d’ailleurs sur l’importance d’une chaîne de responsabilité continue, de l’étude d’impact à la mise en service effective.

Plusieurs options sont désormais sur la table pour ces vingt-cinq sites. Certains bâtiments pourraient accueillir des services publics actuellement logés dans le privé, permettant ainsi de réaliser des économies substantielles sur les loyers. D’autres pourraient être cédés ou confiés à des gestionnaires privés via des contrats de concession. Enfin, pour les projets presque opérationnels, l’État pourrait débloquer les fonds nécessaires pour finaliser les raccordements ou recruter le personnel indispensable. Ce plan de relance des actifs publics constitue un véritable test pour l’administration sénégalaise, dont les résultats seront scrutés de près comme un modèle potentiel de gestion pour la sous-région.