L’instabilité sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo transcende la simple dimension militaire pour s’inscrire dans une stratégie d’influence régionale plus vaste. Cette analyse est portée par le chercheur Josaphat Musamba, qui met en lumière les enjeux cachés derrière le désordre actuel.
Alors que Kinshasa annonce la signature d’un protocole d’accord avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) pour leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement dans l’est de la RDC, Kigali rejette fermement cette initiative, la qualifiant de « manœuvre dilatoire ». Cette discorde autour des FDLR perdure depuis des décennies entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Certains membres de ce groupe sont accusés d’avoir participé au génocide de 1994 au Rwanda. Pour Kigali, les FDLR représentent une menace constante, un argument souvent avancé pour justifier la présence de ses forces armées dans l’est congolais, opérant aux côtés des rebelles de l’AFC-M23.
Les accords signés l’an dernier à Washington prévoyaient le retrait des troupes rwandaises et l’engagement de Kinshasa à neutraliser les FDLR. Comment expliquer alors la divergence actuelle entre ces deux nations voisines face à leurs engagements ?
Une stratégie d’influence régionale
Josaphat Musamba, doctorant à l’université de Gand en Belgique, apporte son éclairage sur cette situation complexe. Il souligne que « Kigali a rejeté le processus de sensibilisation, puis la formule de persuasion. Je pense que Kigali est de mauvaise foi. Que veut-il finalement ? Malgré sa présence sur les théâtres d’opérations, ce statu quo dans l’est du Congo semble arranger Kigali, qui cherche à le consolider. Les ambitions géostratégiques de Kigali dans cette région de la RDC manquent de clarté. »
Polémique autour de la remise de présumés FDLR au Rwanda
Concernant la présence des FDLR dans l’est de la RDC, Josaphat Musamba conteste l’affirmation de Kigali et de l’AFC/M23 selon laquelle les FDLR seraient une composante des FARDC. Il déclare : « Empiriquement, cela n’est pas vrai. Il est étonnant que les alliés, l’AFC/M23 et les RDF (l’armée rwandaise), soient incapables de neutraliser complètement ces FDLR qui se trouvent pourtant dans leurs propres zones d’opération. » Pour lui, « le chaos sécuritaire qu’ils ont sciemment instauré dans l’est du Congo est propice à un projet géopolitique plus vaste de Kigali. En contribuant à la désarticulation des entités administratives congolaises de l’Est, Kigali renforce son influence sur cette partie du territoire. »
La pérennité des FDLR : groupe armé ou idéologie ?
Face au rejet rwandais du protocole Kinshasa-FDLR, jugé non conforme aux exigences des accords de Washington, Josaphat Musamba affirme : « L’argument du Rwanda n’est pas factuel. La RDC a choisi la persuasion plutôt que la confrontation militaire avec les FDLR, une approche contextuelle. Tandis qu’elle contient le RDF et le M23, la RDC ne peut se permettre d’ouvrir un deuxième ou un troisième front avec les FDLR. Si le dialogue peut persuader ce groupe, alors les FDLR, en tant que groupe armé, pourraient disparaître. Toutefois, leur idéologie, comprise non pas comme génocidaire mais comme une résistance au régime de Kigali, pourrait persister. »
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