Dette publique camerounaise : 15 607 milliards fcfa, quels défis pour l’économie en 2026 ?

Dette publique camerounaise : 15 607 milliards fcfa, quels défis pour l’économie en 2026 ?
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Un endettement record qui interroge la soutenabilité financière du Cameroun

Avec une dette publique frôlant les 15 607 milliards de francs CFA fin juin 2026, le Cameroun atteint un seuil critique. Ce niveau, en progression de près de 8 % sur un an, soulève des questions sur la capacité du pays à honorer ses engagements tout en poursuivant ses ambitions infrastructurelles.

À fin juin 2026, l’encours de la dette représente 44,2 % du PIB camerounais, contre 42 % un an plus tôt. Cette augmentation reflète une stratégie de financement active, soutenue par des emprunts tant internes qu’externes, pour couvrir un déficit budgétaire persistant et financer des projets structurants.

Des sources de financement diversifiées mais coûteuses

En début d’année, le gouvernement camerounais a obtenu une autorisation pour emprunter jusqu’à 1 650 milliards de francs CFA. Cette enveloppe, destinée à des projets de développement et au règlement d’arriérés, s’articule autour de trois leviers principaux :

  • L’émission de titres du Trésor à hauteur de 400 milliards de francs CFA
  • Des prêts directs auprès d’institutions financières locales pour 250 milliards de francs CFA
  • Des levées de fonds sur les marchés internationaux, plafonnées à 1 000 milliards de francs CFA

Néanmoins, seule une partie de ces fonds a été effectivement mobilisée. À fin juin, seulement 800,7 milliards de francs CFA avaient été levés sur le marché intérieur, tandis que 514 milliards provenaient de nouveaux engagements contractés au premier semestre. Parmi les projets phares financés, la route Ebolowa-Akom II-Kribi a bénéficié d’un prêt de 130,4 milliards de francs CFA, garanti par UK Export Finance.

Des emprunts stratégiques pour des infrastructures clés

Le Cameroun a également contracté des prêts spécifiques pour moderniser ses axes routiers. En octobre 2026, un financement de 347,5 millions d’euros (environ 228 milliards de francs CFA) a été obtenu auprès de la Banque mondiale pour le corridor économique Douala-Bangui. Parallèlement, un projet de réhabilitation de la route Douala-Bafoussam a reçu une enveloppe de 212,35 millions d’euros (soit près de 139 milliards de francs CFA). Ces deux accords représentent un engagement total de 367 milliards de francs CFA.

Ces financements s’inscrivent dans une logique de développement des infrastructures, mais pèsent lourdement sur la dette publique. Le budget 2026 du Cameroun prévoit d’ailleurs 3 104 milliards de francs CFA d’emprunts et besoins de financement, sur un budget global de 8 816 milliards de francs CFA. Ces ressources servent notamment à combler le déficit budgétaire, rembourser la dette existante et financer des obligations prioritaires.

Un risque élevé de surendettement pointé par le FMI

Face à cette dynamique, le Fonds monétaire international (FMI) a tiré la sonnette d’alarme. Dans son dernier rapport publié début octobre 2026, l’institution souligne que le Cameroun présente un risque global élevé de surendettement, malgré une dette jugée viable à moyen terme. Le FMI recommande une politique budgétaire plus stricte, une augmentation des recettes internes et un recours accru aux financements concessionnels.

L’institution met en garde contre des tensions de liquidité croissantes, aggravées par des remboursements de dette élevés et une dépendance accrue aux emprunts commerciaux. Selon le FMI, le Cameroun doit impérativement adopter une approche plus prudente en matière d’emprunt, en raison d’une liquidité restreinte et d’une saturation du marché régional de la dette intérieure.

La dette à l’épreuve de la soutenabilité

Pour le gouvernement camerounais, la priorité n’est plus seulement de lever des fonds, mais de maîtriser le coût réel de ses emprunts. En effet, chaque nouvel engagement doit être évalué à l’aune de son impact sur la dette totale et sur la capacité du pays à honorer ses engagements futurs. Avec un service de la dette déjà s’élevant à 1 059 milliards de francs CFA au premier semestre 2026, la pression sur les finances publiques ne faiblit pas.

Alors que des infrastructures majeures sont en cours de réalisation, la question de la soutenabilité de la dette devient centrale. Le Cameroun doit désormais concilier développement économique et gestion rigoureuse de sa dette, sous peine de compromettre sa stabilité financière à long terme.

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André Biyong

Journaliste