1 août 2026

Burkina Voix

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Gabon face au défi énergétique : l’avenir du contrat Karpowership en question

Un contrat stratégique liant le Gabon à Karpowership, entité du groupe turc Karadeniz Holding reconnue pour ses centrales électriques flottantes, est désormais au centre d’un vif débat budgétaire et industriel. Chaque mois, Libreville s’acquitte d’une somme de 1,8 milliard de francs CFA pour une puissance nominale de 150 mégawatts. Pourtant, la production réelle acheminée vers le réseau national oscillerait actuellement entre 80 et 90 mégawatts. Cette divergence soulève de sérieuses interrogations, d’autant que les autorités de la transition gabonaise s’efforcent d’assainir des finances publiques dont la gestion fut souvent pointée du doigt pour son manque de transparence.

Un accord d’urgence transformé en partenariat durable

L’accord initial avec l’entreprise turque avait été conçu comme une réponse provisoire. Confronté à une pénurie énergétique persistante, exacerbée par des centrales thermiques vieillissantes et une production hydroélectrique aléatoire durant les périodes de faible pluviométrie, le gouvernement gabonais avait privilégié l’installation rapide de powerships. Ces unités de production flottantes, ancrées près d’Owendo, ont la capacité de fournir rapidement des dizaines de mégawatts au réseau national. Cette méthode, déjà adoptée avec succès au Ghana, en Sierra Leone et au Sénégal, offre une solution immédiate aux crises énergétiques, bien que le coût par kilowattheure soit habituellement plus élevé que celui des installations terrestres traditionnelles.

Cependant, cette solution, initialement pensée comme un simple remède ponctuel, s’est pérennisée. Malgré l’avancement de divers projets de production énergétique domestique, comme les barrages hydroélectriques et les futures centrales à gaz, l’apport de l’opérateur turc est resté indispensable. En conséquence, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) demeure tributaire de ce prestataire étranger pour garantir son équilibre électrique, notamment lors des pics de consommation. Annuellement, les dépenses cumulées excèdent les 21 milliards de francs CFA, un montant significatif pour une nation dont la gestion budgétaire est scrupuleusement examinée.

L’équation économique de plus en plus contestée

La principale source de tension réside dans le décalage entre la puissance facturée et celle réellement fournie. S’acquitter d’un coût basé sur 150 mégawatts alors que seule une partie de cette capacité est acheminée augmente de facto le prix effectif du mégawatt. Des experts, tant au sein de l’administration que dans le secteur technique, estiment que les clauses contractuelles favorisent excessivement l’opérateur turc, le prémunissant contre les fluctuations de la demande et les éventuels incidents techniques. Depuis leur prise de fonction en août 2023, les nouvelles autorités gabonaises ont d’ailleurs lancé un examen approfondi de tous les principaux contrats publics hérités de l’administration précédente.

Il est important de noter que Karpowership n’est pas un acteur unique sur le continent africain. L’entreprise gère des dizaines de navires-centrales dans près de quinze nations, avec une présence notable en Afrique subsaharienne. Son atout majeur réside dans sa rapidité de déploiement d’unités allant de 30 à 470 mégawatts. Cependant, pour les États clients, cela engendre une forme de dépendance : une fois qu’un powership est opérationnel, le retrait de ses services exige l’existence d’options énergétiques alternatives robustes, faute de quoi le risque de coupures de courant massives redevient imminent.

Renégociation ou désengagement progressif : les options du Gabon

L’enjeu n’est pas uniquement financier, il est également d’ordre opérationnel. Une rupture unilatérale du contrat sans la mise en service simultanée de capacités de production équivalentes exposerait la SEEG à une grave crise d’approvisionnement. En effet, les initiatives majeures prévues, telles que le barrage de Kinguélé Aval, développé en collaboration avec Meridiam, ou les futures centrales à gaz alimentées par les ressources locales, ne seront pleinement opérationnelles que dans deux à trois ans. La capacité d’action immédiate du Gabon reste donc limitée.

Diverses stratégies sont actuellement à l’étude. La première option envisage une révision des clauses financières, visant à aligner plus précisément la facturation sur la puissance électrique effectivement délivrée. La seconde privilégie un désengagement graduel, synchronisé avec la mise en service progressive des nouvelles infrastructures. Une troisième voie, plus audacieuse, consisterait en une rupture contractuelle suivie d’un appel à d’autres fournisseurs, avec le risque de litiges internationaux. La décision finale aura des répercussions significatives sur la fiabilité de la politique énergétique du Gabon et sur l’affirmation de la souveraineté industrielle prônée par le gouvernement de transition.

Ces décisions stratégiques sont attendues dans les semaines à venir, à mesure que la feuille de route énergétique du Gabon se clarifiera.