Le 1er octobre n’est pas une date anodine au Cameroun. Elle marque l’anniversaire de la naissance de la République fédérale, en 1961, quand l’ancienne colonie française et le Cameroun méridional sous tutelle britannique ont uni leur destin. Mais derrière cette commémoration officielle se cache une réalité bien plus complexe : une partie des anglophones conteste cette réunification, et certains séparatistes ambazoniens ont même proclamé l’indépendance du Nord-Ouest et du Sud-Ouest le 1er octobre 2017. Ce contexte historique explique pourquoi cette journée est devenue un baromètre des tensions qui minent les deux régions anglophones depuis une décennie.
Un dispositif sécuritaire imposant pour une journée sous haute surveillance
Pour ce 1er octobre, les séparatistes avaient appelé à une « ville morte » dans plusieurs villes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO). Face à cette annonce, les autorités camerounaises, craignant des débordements, ont déployé un large quadrillage militaire. À la mi-journée, aucun incident majeur n’était signalé, mais l’activité tournait au ralenti dans les principales agglomérations. Les habitants ont majoritairement choisi de rester confinés chez eux, transformant les rues en désert silencieux.
À Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, un résident a expliqué être sorti tôt pour faire du sport dans des artères peu fréquentées, avant de regagner son domicile pour le reste de la journée. Dans les carrefours de la ville, des chars et de nombreuses patrouilles militaires étaient visibles, une présence décrite comme « dissuasive » par certains habitants. La même atmosphère prévalait à Buea, chef-lieu du Sud-Ouest, et dans les localités voisines, où la population est également restée à l’écart.
Des débats en ligne qui ravivent la mémoire de dix ans de crise
Sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, des panels arborant les couleurs bleu et blanc revendiquées par les séparatistes ont animé des discussions sur les dix années de crise qui frappent les deux régions anglophones. Ces échanges en ligne témoignent d’une volonté de ne pas oublier et de maintenir une forme de mobilisation, même à distance.
Dans une réflexion publiée ce 1er octobre, Khongor Félix Agbor, avocat et ancien détenu de la crise anglophone, a exprimé une pensée pour « les familles qui ont enterré leurs proches, les personnes déplacées, les enfants dont la scolarité a été interrompue, tous ceux qui ont peur et les détenus de la crise anglophone ». Un message qui rappelle l’ampleur des souffrances accumulées.
Un bilan humain et humanitaire qui pèse lourd
Selon plusieurs organisations non gouvernementales, la crise anglophone a fait plus de 6 000 morts et des centaines de milliers de déplacés en dix ans. Ces chiffres, bien que difficiles à vérifier, donnent la mesure d’un conflit qui a profondément marqué le tissu social et économique des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Au-delà des statistiques, cette journée « ville morte » met en lumière les causes profondes d’une crise qui perdure : sentiment de marginalisation, revendications identitaires, répression sécuritaire et absence de dialogue. Si le calme relatif de cette journée peut sembler anodin, il masque une réalité plus sombre, celle d’une population qui vit dans l’incertitude et la peur depuis trop longtemps.