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Derrière l’annonce d’un portefeuille indicatif de 730 millions de dollars entre le Bénin et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) pour 2027-2028, se cache une mécanique financière et diplomatique bien plus subtile qu’il n’y paraît. En décryptant l’accord signé le 24 septembre, on comprend que ce montant n’est ni un chèque en blanc ni un financement acquis : il s’agit d’un cadre souple, conçu pour identifier et préparer des projets dans l’énergie, les transports et la résilience climatique. Un instrument qui en dit long sur la stratégie de Cotonou pour capter des ressources extérieures et sur l’intérêt croissant de l’AIIB pour le continent africain.

Un pipeline indicatif, pas un décaissement automatique

Première révélation : les 730 millions de dollars ne constituent pas une enveloppe déjà approuvée ou versée. L’AIIB elle-même précise que chaque projet devra franchir les étapes de préparation, de diligence raisonnable et d’approbation. Autrement dit, le pipeline fixe un horizon et des priorités, mais il reste conditionné à la qualité des dossiers présentés et à leur conformité aux standards de la banque. Une nuance essentielle qui distingue cet accord d’un prêt classique.

250 Millions de dollars adossés aux politiques publiques

Sur le total envisagé, 250 millions de dollars doivent prendre la forme d’un financement axé sur les politiques publiques. Objectif affiché : soutenir la Vision Bénin 2060, le cadre stratégique de long terme du pays. Ce type de prêt, dit « policy-based », est généralement décaissé en fonction de réformes préalables. Il traduit une volonté de lier le financement à des transformations structurelles plutôt qu’à des projets isolés.

Le portefeuille pourra aussi mobiliser d’autres instruments de l’AIIB dédiés à l’énergie, à la sécurité alimentaire, à la résilience économique et au financement climatique. Une manière d’élargir le spectre au-delà des seules infrastructures physiques.

Une signature au plus haut niveau

L’accord a été paraphé par Rajat Misra, directeur général de l’AIIB chargé des clients du secteur public pour la région 1, et Hugues Oscar Lokossou, ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette. La présidente de l’AIIB, Zou Jiayi, et Aristide Medenou, ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, ont assisté à la cérémonie. Cette présence souligne l’importance politique accordée à ce rapprochement.

Un précédent dans les transports

Ce n’est pas la première fois que le Bénin et l’AIIB collaborent. En décembre 2025, la banque asiatique avait signé un prêt de 200 millions de dollars en faveur du Projet de mobilité urbaine durable du Grand Nokoué. Ce projet s’inscrit dans un programme d’environ 500 millions de dollars cofinancé avec d’autres partenaires. Une première pierre qui a visiblement ouvert la voie à un partenariat plus structuré.

Le premier pipeline pluriannuel de l’AIIB en Afrique

L’AIIB présente ce dispositif comme son tout premier pipeline pluriannuel de ce type sur le continent africain. Un signal fort : le Bénin devient une sorte de laboratoire pour la banque, qui teste avec lui une approche de programmation sur plusieurs années. Cette méthode, plus prévisible pour les autorités béninoises, permet d’anticiper les besoins et d’aligner les projets sur les priorités nationales.

Reste à savoir comment ces 730 millions de dollars se traduiront concrètement sur le terrain. Le pipeline devra se muer en projets bancables, avec des études, des garanties et des cofinancements. C’est là que se jouera la véritable réussite de cet accord.

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