Le Sénégal explore des pistes alternatives au FMI pour gérer sa dette publique
À Dakar, une conférence réunissant des économistes et experts locaux a mis en lumière l’urgence de trouver des solutions innovantes pour résoudre la crise de la dette qui pèse sur le Sénégal. Organisée sous l’égide du Premier ministre Ousmane Sonko, cette rencontre a révélé des divergences profondes sur la gestion de la dette extérieure, jugée insoutenable par les participants.
Si le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, était en déplacement au Kenya pour discuter avec la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, les experts présents à la conférence ont clairement exprimé leur opposition à une restructuration de la dette proposée par l’institution financière. Leur argument ? Une approche purement comptable, selon eux, qui ne favorise ni la transformation économique ni l’investissement local.
Une dette insoutenable : l’avis tranché des économistes
Pour Souleymane Bah, économiste sénégalais, la situation est alarmante : « Les revenus actuels de l’État ne suffisent pas à couvrir le remboursement du principal et des intérêts. La pratique habituelle, qui consiste à contracter de nouveaux emprunts pour payer les anciens, devient intenable avec la hausse des taux d’intérêt. Il est impératif de se tourner vers des alternatives. »
Cette conférence, initiée par le réseau Ideas Africa Network, vise justement à explorer des solutions en dehors du cadre traditionnel proposé par le FMI. Parmi les pistes évoquées :
- La réforme du système monétaire, notamment une sortie progressive du Franc CFA.
- L’annulation partielle de la dette, jugée illégitime en raison de son opacité et de son accumulation sans transparence.
- Le développement de partenariats bilatéraux avec d’autres pays africains pour contourner les mécanismes internationaux.
FMI vs alternatives : un débat qui divise
Selon Ndongo Samba Sylla, chercheur et économiste au sein de Ideas Africa Network, l’approche du FMI est fondamentalement biaisée : « Le Fonds se concentre sur la solvabilité des pays emprunteurs, sans tenir compte des besoins de transformation économique. Son objectif est de permettre aux États de continuer à emprunter pour rembourser les créanciers, et non d’investir dans des projets structurants. »
Cette vision a été vivement critiquée lors de la conférence, où les participants ont souligné que le Sénégal devait impérativement sortir d’une pensée unique imposée par les institutions financières internationales. L’urgence ? Trouver des mécanismes de financement autonomes, capables de soutenir une croissance durable et inclusive.
Un gouvernement tiraillé entre deux approches
Alors que les experts réunis à Dakar plaident pour des solutions alternatives, le gouvernement sénégalais semble encore hésitant. D’un côté, les discussions locales poussent à l’innovation, tandis que de l’autre, le président Faye entame des négociations avec le FMI à l’étranger. Une contradiction qui interroge sur la cohérence des politiques économiques mises en place.
Pour l’heure, aucune avancée concrète n’a été annoncée. Pourtant, avec une note souveraine dégradée par l’agence Standard & Poor’s, et une dette publique en augmentation, le Sénégal n’a plus le luxe d’attendre. Les solutions existent, mais leur adoption dépendra de la capacité des dirigeants à rompre avec les dogmes traditionnels.
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