13 mai 2026

Stabilité économique du Tchad validée par S&P

Vue de la ville de N’Djamena. © JAMG – PHOTOS DR

Le 16 mars dernier, l’agence S&P Global Ratings a maintenu la note souveraine du Tchad à «B-» avec une perspective stable. Cette validation rassurante s’appuie sur la mise en œuvre du Plan national de développement «Tchad Connexion 2030». Selon le ministère en charge des Finances, cette décision reflète la confiance de l’agence dans la capacité du pays à poursuivre une croissance économique solide. Cette dynamique est portée par une progression constante du PIB, un niveau d’endettement maîtrisé et un soutien continu des partenaires internationaux.

Le gouvernement tchadien a salué cette annonce, soulignant qu’elle confirme la pertinence des réformes engagées pour renforcer la résilience économique du pays.

Ferme agricole communautaire intégrée (Faci) de Milé à Guereda. © JAMG – PHOTOS DR

Croissance en hausse : 5,2 % attendus en 2025

Après une reprise progressive amorcée en 2023, alimentée par la hausse des cours des hydrocarbures et le redressement du secteur des services, l’économie tchadienne a continué de se renforcer en 2025. L’agence S&P souligne cette progression avec une prévision de croissance du PIB réel à 5 % pour l’année en cours. Cette estimation dépasse de 1,5 point celle publiée en décembre 2024 (3,6 % par an entre 2024 et 2027).

Le Fonds monétaire international (FMI) a également relevé ses prévisions à 5,2 % en décembre 2024, confirmant la vigueur de l’économie tchadienne. Cette amélioration s’explique par la hausse de la production agricole et le rebond des secteurs non pétroliers. Malgré l’importance du secteur pétrolier, qui représente une part majeure des exportations et des recettes publiques, l’agriculture et les services dynamisent désormais la demande intérieure.

Les puits forés fournissent de l'eau potable à des centaines de milliers de personnes. © Photo de Sinan Balcikoca / AGENCE ANADOLU / Anadolu via AFP

Dette publique maîtrisée : un atout pour la croissance

Sur le plan des finances publiques, le Tchad a réalisé des avancées significatives en matière de gestion de sa dette. Après une période de vulnérabilités élevées, le pays affiche désormais un niveau d’endettement modéré, estimé à 36 % du PIB. Cette situation place le Tchad dans une position plus favorable que plusieurs de ses voisins directs.

En 2022, le Tchad est devenu le premier pays au monde à recourir au cadre commun du G20 pour restructurer sa dette extérieure. Aujourd’hui, celle-ci ne représente plus que la moitié de la dette totale et se compose majoritairement de prêts concessionnels, assortis de conditions de remboursement avantageuses. Cette stratégie permet au pays de retrouver une marge de manœuvre financière et d’attirer davantage d’investisseurs.

Les autorités maintiennent une politique budgétaire rigoureuse, garantissant la soutenabilité de la dette tout en libérant des ressources pour financer les investissements publics et les dépenses sociales.

Le Président de la République, Chef de l’Etat, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno en visite au marché central de N'Djamena. © JAMG – PHOTOS DR

Recettes fiscales en progression : un levier pour le développement

La mobilisation des recettes intérieures constitue un axe central des réformes économiques actuelles au Tchad. Le ratio des recettes fiscales par rapport au PIB a connu une nette amélioration, passant de 9,8 % en 2022 à 13,1 % en 2023, selon les dernières données de l’OCDE. Cette progression reflète les efforts consentis pour élargir l’assiette fiscale et moderniser l’administration des impôts.

En 2025, cette dynamique s’est maintenue avec des recettes non pétrolières dépassant les prévisions initiales. Ce résultat s’explique par le dynamisme des secteurs hors hydrocarbures et par les mesures mises en place dans le cadre de l’accord conclu avec le FMI en juillet 2025, d’un montant de 625,3 millions de dollars. Par ailleurs, la numérisation des finances publiques et le renforcement de la gouvernance ont permis d’améliorer l’efficacité de la collecte fiscale.

Le ministère des Finances a souligné que cette confirmation de la notation par S&P renforce la crédibilité financière du Tchad. Elle offre un avantage stratégique pour attirer davantage d’investissements privés et consolider la confiance des partenaires internationaux dans la trajectoire de réformes engagée.

Pêche sur le lac Tchad. © JAMG – PHOTOS DR

Tchad Connexion 2030 : un plan ambitieux pour l’avenir

Malgré les progrès accomplis, plusieurs défis persistent, notamment la diversification économique, l’optimisation de la collecte des recettes fiscales et le maintien d’un niveau d’endettement soutenable. Ces enjeux, ainsi que la nécessité d’investir dans les infrastructures de base, sont au cœur du Plan national de développement «Tchad Connexion 2030».

Adopté le 29 mai 2025 en conseil des ministres, ce plan s’inscrit dans la continuité de la transition politique tchadienne, marquée par le décès du président Idriss Deby Itno en avril 2021, la tenue d’un dialogue national de réconciliation et l’élection du nouveau président de la République, Mahamat Idriss Deby Itno, en mai 2024. Une nouvelle Constitution a également été promulguée.

Le Tchad a levé 20,5 milliards de dollars auprès de partenaires publics et privés lors d’une conférence à Abu Dhabi en novembre 2025. Ce financement permettra de concrétiser le plan stratégique, structuré autour de 268 projets répartis en 17 programmes. L’objectif ? Transformer l’économie du pays en réduisant la pauvreté de 2,6 millions de Tchadiens grâce à une croissance annuelle de 8 % entre 2025 et 2030. À terme, le PIB tchadien devrait augmenter de 60 % d’ici 2030.

Ce plan s’articule autour de quatre axes principaux :

  • Accélérer le développement des infrastructures stratégiques : électricité, eau, routes et télécommunications.
  • Renforcer les politiques sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la formation professionnelle, de l’emploi des jeunes et de l’inclusion sociale.
  • Diversifier l’économie en développant des filières exportatrices dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, les hydrocarbures, les mines et le tourisme, tout en encourageant la transformation locale.
  • Améliorer le climat des affaires, notamment par la simplification administrative.
Centrale de Farcha. © JAMG – PHOTOS DR