13 mai 2026

Boko Haram recule face aux frappes régionales autour du lac Tchad

Boko Haram recule face aux frappes régionales autour du lac Tchad

Boko Haram, Kano, Nigeria, lac Tchad, Niger

Les jihadistes de Boko Haram subissent de lourdes pertes dans le lac Tchad, après une coopération militaire régionale inédite. Les frappes aériennes et les assauts terrestres menés par le Tchad, soutenus par le Nigeria et le Niger, ont contraint les groupes armés à abandonner leurs positions stratégiques. Selon des témoins et des sources sécuritaires nigérianes, les opérations ont débuté vendredi et s’intensifient depuis.

Une offensive coordonnée contre les bastions de Boko Haram

Les frappes aériennes tchadiennes ciblent désormais les îles reculées du lac Tchad, une zone marécageuse partagée entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad. Ce territoire, transformé en forteresse jihadiste depuis 2009, abrite à la fois les troupes de Boko Haram et celles de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), deux groupes rivaux depuis leur scission en 2016.

Les bombardements ont également frappé des civils. Des dizaines de pêcheurs nigérians, travaillant sur des îles sous contrôle jihadiste où ils doivent s’acquitter d’un impôt forcé, ont été tués lors des raids. Des images diffusées dans un hôpital de Bosso, au Niger, montrent des victimes gravement brûlées, témoignant de la violence des opérations.

Les jihadistes fuient vers des zones contrôlées par l’Iswap

Selon Suleiman Hassan, un pêcheur ayant fui la zone de Shuwa à la frontière entre le Nigeria, le Niger et le Tchad, les combattants de Boko Haram abandonnent leurs camps avec leurs familles, embarqués dans de petites pirogues. Parmi les îles évacuées figurent Dogon Chukwu, Kangarwa, Gashakar, Yawan Mango et Kwatar Mota. Les soldats tchadiens ont par ailleurs mené des combats directs sur l’île de Kaukeri, considérée comme le principal repaire du groupe dans la région.

Une réponse militaire aux attaques jihadistes

Cette offensive s’inscrit en réaction aux récents assauts meurtriers de Boko Haram contre les forces tchadiennes. La semaine dernière, le Tchad a décrété trois jours de deuil national après une embuscade ayant coûté la vie à deux généraux. Quelques jours plus tôt, une attaque contre une base militaire sur les rives du lac avait fait au moins 24 morts parmi les soldats.

Les opérations sont menées en étroite coordination entre les trois pays. Une source du renseignement nigérian révèle que chaque nation participe avec deux avions de chasse, assurant un appui aérien conjoint. Les jihadistes, désormais encerclés, hésitent à se déplacer vers des zones contrôlées par l’Iswap, leur rival historique.

Un conflit aux conséquences humanitaires dramatiques

L’insurrection de Boko Haram, qui a débuté en 2009, a déjà causé des milliers de morts et déplacé des millions de personnes dans le nord-est du Nigeria. Les violences se sont étendues aux pays voisins, poussant le Tchad, le Niger et le Cameroun à réactiver leur force multinationale mixte, créée en 1994 pour lutter contre les groupes armés transfrontaliers.

Cette opération militaire conjointe marque un tournant dans la lutte contre les groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest, où la pression sécuritaire s’accentue face à l’extension des menaces terroristes.