10 juin 2026

Burkina Voix

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Yaoundé mobilise 163 millions de dollars pour moderniser ses collectivités

La capitale camerounaise Yaoundé lance un ambitieux projet de transformation numérique des collectivités locales. Ce chantier, évalué à 163 millions de dollars (soit près de 90 milliards de francs CFA), vise à équiper les 360 communes et 10 régions d’outils digitaux performants. L’objectif ? Optimiser la gestion des services publics locaux et renforcer l’efficacité administrative dans un pays en pleine mutation décentralisatrice.

Une réforme administrative au cœur de la stratégie camerounaise

Ce financement s’inscrit dans la continuité du Code général des collectivités territoriales décentralisées, adopté en 2019. Ce texte a profondément modifié l’organisation de la gouvernance locale en transférant davantage de compétences aux collectivités. Cependant, ces nouvelles prérogatives nécessitent des moyens techniques à la hauteur, notamment en matière de gestion numérique. La numérisation des administrations locales devient ainsi un pilier essentiel pour concilier pouvoirs élargis et capacités opérationnelles renforcées.

Les fonds mobilisés permettront notamment de déployer des plateformes de gestion administrative centralisées, de dématérialiser les actes d’état civil et d’informatiser les régies de recettes. Ces mesures visent à améliorer le recouvrement fiscal, souvent faible dans certaines collectivités, et à renforcer leur autonomie financière. Un enjeu crucial pour une décentralisation réussie et pérenne.

Numérisation et souveraineté : un équilibre à trouver

Le choix des partenaires techniques et financiers sera déterminant pour la réussite du projet. Le Cameroun a déjà collaboré avec des institutions internationales comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Agence française de développement sur des initiatives similaires. Parallèlement, la Chine s’est imposée comme un acteur clé dans le déploiement d’infrastructures télécoms, notamment via un partenariat avec Huawei pour le réseau national.

La question de l’hébergement des données sensibles des citoyens est un point critique. Bien que le Cameroun dispose d’un cadre légal en cybersécurité et protection des données depuis 2010, son application reste perfectible. Plusieurs options s’offrent aux autorités : hébergement local, recours à des clouds étrangers ou architectures hybrides. Chaque solution présente des avantages et des inconvénients en termes de coût, de résilience et de contrôle des données.

D’autres pays africains ont déjà franchi ce cap avec succès. Le Rwanda a développé Irembo, une plateforme de dématérialisation des services publics accessible à tous les niveaux administratifs. Le Sénégal, quant à lui, mise sur la Délégation générale à la transformation numérique pour moderniser son administration. Le Bénin a également mis en place un guichet unique des formalités administratives, devenu une référence en Afrique centrale.

Des défis techniques et humains à surmonter

Au-delà du financement, la réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs. La fracture numérique reste un obstacle majeur, notamment dans les zones rurales où la connectivité internet est encore limitée. L’Agence de régulation des télécommunications (ART) et le ministère des Postes et Télécommunications devront coordonner le déploiement des outils numériques avec l’extension des infrastructures télécoms. Sans cela, les inégalités entre zones urbaines et rurales pourraient s’aggraver.

Un autre défi de taille est la formation des agents communaux. Sans une montée en compétences des personnels chargés d’utiliser ces nouveaux outils, les investissements technologiques risquent de rester inefficaces. Plusieurs partenaires techniques soulignent l’importance d’associer les projets d’équipement à des programmes de formation continue sur plusieurs années, couvrant l’utilisation des logiciels, la maintenance de base et les fondamentaux de la cybersécurité.

Enfin, le calendrier de réalisation reste flou. Aucune date précise n’a été communiquée pour la mobilisation des fonds ni pour le lancement des premiers chantiers. Pourtant, ce calendrier sera un indicateur clé de la crédibilité de cette réforme, présentée comme un axe central de la modernisation de l’État camerounais.