Le Mali, un terrain miné pour les mercenaires russes : l’échec cuisant du groupe Wagner
En annonçant son départ précipité du Mali en début d’année, le groupe Wagner affirmait avoir mené à bien sa « mission ». Pourtant, trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection dans ce pays du Sahel ont laissé un bilan désastreux : le Mali reste aujourd’hui l’épicentre mondial du terrorisme, malgré les prétentions de victoire du groupe russe.
Des stratégies chaotiques et des échecs répétés
Selon le rapport du Timbuktu Institute publié en juillet, l’Africa Corps, la nouvelle force paramilitaire russe déployée par le Kremlin pour remplacer Wagner, compte jusqu’à 80 % d’anciens mercenaires de Wagner dans ses rangs. Pourtant, les tactiques brutales et incohérentes de ces groupes n’ont fait qu’aggraver la situation sécuritaire.
Un rapport de The Sentry daté du 27 août souligne que les échecs stratégiques de Wagner étaient prévisibles : « Malgré ses déclarations triomphales et sa réputation de force redoutable, le groupe a accumulé les revers, notamment en raison de son mépris total pour la chaîne de commandement locale et ses méthodes de combat dévastatrices. »
Violences et exactions : le cocktail explosif de Wagner
Les violations systématiques des droits de l’homme attribuées à Wagner — assassinats extrajudiciaires, tortures, massacres de civils — ont profondément marqué la population malienne. Le drame de Moura en 2022, où plus de 500 civils ont été tués, dont 300 exécutés sommairement, illustre l’ampleur de ces crimes.
Les experts des Nations unies ont demandé en 2023 une enquête indépendante sur ces crimes, qualifiant les actes de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pourtant, aucune investigation sérieuse n’a été menée à ce jour.
Une relation toxique entre mercenaires et armée malienne
Les soldats maliens, interrogés par The Sentry, expriment un mépris profond pour les mercenaires russes. « Les Russes ne respectent pas notre autorité, ils ignorent les ordres et se comportent comme des occupants », déclare un officier malien. Les erreurs opérationnelles imputées à Wagner ont même été pointées du doigt pour expliquer la défaite humiliante de juillet 2024, où un convoi a été décimé près de Tin Zaouatine : 84 mercenaires et 47 soldats maliens tués.
L’impact dévastateur sur la sécurité et la cohésion nationale
Les méthodes brutales de Wagner ont favorisé le recrutement djihadiste. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina (affiliée à Al-Qaïda), a expliqué en 2024 sur France24 que la répression russe avait poussé les populations à rejoindre les groupes armés « pour défendre leurs terres, leur religion et leurs familles ».
Les attaques indiscriminées, comme celles menées lors de mariages ou d’enterrements, ainsi que les vidéos de violences contre les civils touaregs, ont alimenté la radicalisation et renforcé la propagande terroriste.
L’Africa Corps : une nouvelle ère de violences ?
Malgré le remplacement de Wagner par l’Africa Corps, les exactions persistent. Un garde de l’aéroport de Bamako a confié à The Sentry : « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas. » En septembre 2024, lors d’une attaque terroriste ayant fait plus de 100 morts, les mercenaires russes auraient attendu cinq heures avant d’intervenir.
Un avertissement pour l’Afrique : l’échec malien doit servir de leçon
Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, résume l’ampleur de l’échec : « Les opérations de contre-terrorisme menées par Wagner ont renforcé les groupes armés, provoqué des pertes colossales et accru les victimes civiles. Ce déploiement n’a profité à personne : ni au Mali, ni à son gouvernement, ni même aux mercenaires. »
Justyna Gudzowska, directrice exécutive de l’ONG, met en garde : « L’expérience du Mali montre que l’Africa Corps n’est ni une force invincible ni un partenaire économique fiable. Les pays africains doivent tirer les leçons de cet échec cuisant avant de s’engager davantage avec Moscou. »
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