26 mai 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

L’impact des sages-femmes sur la santé reproductive des jeunes au Mali

À Bamako, Kadidia, une étudiante de 19 ans, témoigne de la difficulté d’aborder la contraception dans un environnement où le sujet reste largement tabou. La crainte du jugement social freine souvent l’accès aux soins essentiels pour de nombreuses jeunes Maliennes.

Au Mali, les enjeux de santé sexuelle sont cruciaux. En 2024, le pays a déploré 583 décès maternels, dont 89 concernaient des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Malgré ces défis, des progrès sont visibles : le nombre de jeunes femmes utilisant des méthodes contraceptives modernes est passé de 480 682 en 2023 à 559 493 en 2024, sur une population totale de près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer.

Une stratégie globale pour la santé des adolescentes

Garantir l’accès à des services de santé reproductive adaptés est un pilier majeur pour la sécurité des femmes. Cela permet de limiter les grossesses précoces, de prévenir les infections et d’assurer un bien-être global. Pour répondre à cet impératif, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) collabore avec les autorités du Mali pour renforcer le système de soins.

Ce programme multidimensionnel repose sur plusieurs axes :

  • L’évolution du cadre législatif et réglementaire.
  • La formation technique approfondie des professionnels de santé.
  • La dotation en équipements médicaux modernes.
  • L’ouverture d’espaces de santé dédiés spécifiquement aux besoins des jeunes.
  • La collecte de données précises pour guider les politiques nationales.

Le Dr N’Tji Keita, responsable à l’Office National de la Santé de la Reproduction, souligne que cette initiative a déjà permis de former des magistrats aux nouvelles normes de l’OMS et de mettre en place un observatoire national pour surveiller de près la mortalité maternelle.

Des structures de proximité pour les plus vulnérables

L’OMS agit également comme un moteur de coordination sur le terrain. Le Mali s’est doté de nouveaux outils de pilotage, comme le premier bulletin national des indicateurs de santé reproductive. Le Dr Sylla Ousmane, en charge du programme au bureau de l’OMS au Mali, précise que des infrastructures concrètes voient le jour, notamment une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso et une unité mobile prête à intervenir dans la région de Macina.

Le rôle pivot des sages-femmes formées

Au cœur de cette transformation, les sages-femmes jouent un rôle déterminant. Grâce à des formations continues sur la planification familiale et la prise en charge des infections, elles adoptent une approche plus inclusive et respectueuse.

Aïssata, en poste au centre de santé de Kebila, explique que ses nouvelles compétences lui permettent d’accueillir les jeunes patientes sans aucun préjugé. De son côté, Assetou, mentor à Yanfolila (au sud de Bamako), a constaté une augmentation spectaculaire de la fréquentation de son centre : le nombre de jeunes bénéficiaires y est passé de 2 330 à 5 121 entre 2019 et 2025.

Au-delà des statistiques, c’est un changement de mentalité qui s’opère. Les campagnes de sensibilisation et l’écoute active des soignants redonnent confiance aux jeunes filles. Pour Kadidia, le changement est réel : elle encourage désormais ses paires à solliciter ces services, assurant que l’accueil bienveillant et les conseils reçus sont essentiels à leur épanouissement.