26 mai 2026

Burkina Voix

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Burkina Faso : l’escalade des crimes de guerre contre les civils par des groupes armés islamistes

Le nord du Burkina Faso a été le théâtre de multiples atrocités depuis mai 2025, où des dizaines de civils ont perdu la vie lors de trois assauts distincts menés par des entités armées islamistes. Cette actualité Burkina Faso met en lumière une situation sécuritaire alarmante. Depuis le début de leur insurrection en 2016, ces groupes ont continuellement terrorisé et déplacé des milliers de personnes, tandis que le gouvernement intensifie ses opérations de contre-insurrection, ciblant également des civils.

Human Rights Watch a révélé que ces attaques constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire et pourraient être qualifiées de crimes de guerre. Les autorités burkinabè doivent impérativement renforcer la protection des populations vulnérables, enquêter sur toutes les exactions, y compris celles impliquant l’armée et les milices alliées, et garantir des procès équitables pour les responsables.

Un groupe lié à Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), est tenu pour responsable de deux attaques majeures. Le 11 mai, la ville de Djibo, dans la région du Sahel, a été visée, et le 3 août, le village de Youba, dans la région du Nord, subissant un bilan cumulé d’au moins 40 civils tués. L’État islamique au Sahel (EIS) a quant à lui attaqué un convoi humanitaire près de Gorom Gorom, dans la région du Sahel, le 28 juillet, causant la mort d’au moins 9 civils.

« Les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont responsables d’atrocités répétées contre les civils depuis 2016 », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient assurer une meilleure protection de tous les civils en danger, enquêter sur les abus, y compris ceux commis par l’armée et les milices alliées, et juger les responsables lors de procès équitables. »

Le gouvernement burkinabè, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022, est également critiqué pour cibler les civils dans ses opérations de contre-insurrection, exacerbant la crise humanitaire et la sécurité Burkina. Entre mai et août 2025, Human Rights Watch a recueilli 23 témoignages, dont 14 de victimes directes ou témoins d’abus, ainsi que de diverses figures de la société civile.

Massacre à Djibo : le GSIM cible des civils

Le 11 mai, le GSIM a lancé un assaut d’envergure sur Djibo, s’en prenant aux forces de sécurité et aux civils. Des centaines de combattants ont pris le contrôle de la base militaire, puis ont exécuté au moins 26 civils dans plusieurs quartiers, incendiant commerces et centres médicaux. Djibo est assiégée par le GSIM depuis plus de trois ans, entraînant pénuries et famine.

Des témoins ont rapporté que l’attaque a débuté vers 5 heures du matin et que les combattants sont restés dans la ville jusqu’en fin d’après-midi. Un forgeron de 46 ans a décrit comment son frère a été exécuté par des combattants du GSIM qui l’accusaient d’avoir dénoncé leur père à l’armée, un événement survenu en novembre 2024. Les habitants ont dû se cacher pendant trois jours avant l’arrivée de renforts militaires. « Lorsque nous sommes sortis, nous avons constaté que de nombreuses personnes avaient été tuées, principalement dans le Secteur 2 », a raconté un homme de 50 ans, qui a aidé à récupérer plus de 20 corps.

Parmi les 26 victimes identifiées (3 femmes et 23 hommes, âgés de 27 à 93 ans), 16 appartenaient à la famille Tamboura. Les combattants ont également détruit des dizaines de boutiques et pillé un centre médical. Des images satellites ont confirmé ces destructions. De nombreux habitants ont fui Djibo dès que possible, profitant notamment d’un convoi de ravitaillement militaire.

Les motivations du GSIM et la réponse des autorités

Le GSIM aurait ciblé des civils appartenant à des sous-groupes de l’ethnie peule, notamment les Rimaïbé et la famille Tamboura, les accusant de soutenir les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils des forces armées. Une vidéo diffusée en février par Ousmane Dicko, adjoint du chef du GSIM, menaçait explicitement la famille Tamboura. Le GSIM a nié cibler intentionnellement des civils, affirmant que ses actions ne sont pas ethniques mais une réponse à ceux qui leur ont déclaré la guerre.

Les autorités burkinabè n’ont pas fait de déclaration publique immédiate sur l’attaque du 11 mai, mais la Radiodiffusion Télévision du Burkina Faso (RTB) a confirmé l’assaut et les ripostes aériennes de l’armée. Les habitants de Djibo ont exprimé leur inquiétude quant à la stratégie militaire de s’appuyer sur les VDP, qui aurait exacerbé les tensions communautaires. « L’armée a divisé la communauté [peule] en dressant ses membres les uns contre les autres », a déclaré un habitant. Un forgeron a ajouté : « L’armée a fait pression sur beaucoup d’entre nous pour que nous mentions et dénoncions [d’autres] civils. »

Youba : une communauté punie pour ses récoltes

Le 3 août, le GSIM a perpétré une nouvelle attaque à Youba, tuant au moins 14 civils, dont une femme et quatre enfants. Cette attaque visait à punir la communauté pour avoir ignoré les ordres du GSIM de ne pas cultiver certaines plantes hautes qui, selon eux, gênaient leurs opérations. Des combattants ont pillé une station-service et incendié au moins 10 boutiques. Deux enfants, âgés de 12 et 14 ans, sont morts carbonisés après s’être cachés dans une boutique incendiée. Neuf VDP en service et un hors service ont également été tués.

Des centaines de combattants du GSIM, arrivés à moto et en pick-up, ont pris d’assaut le village vers 16 heures, criant « Allah Akbar ». Ils ont ciblé les hommes, mais ont aussi tiré sur une femme et deux enfants qui tentaient de fuir. Les VDP, pris au dépourvu, ont fui, laissant les civils sans défense. Les militaires basés à Ouahigouya, à 12 kilomètres, ne sont intervenus qu’après l’attaque pour sécuriser la zone.

Dans les jours qui ont suivi, des soldats ont été déployés à Youba pour construire une tranchée défensive. Cependant, le 11 août, le GSIM a de nouveau attaqué Youba, ciblant les soldats et les VDP creusant la tranchée, blessant deux civils. Des vidéos géolocalisées ont montré des combattants du GSIM circulant librement dans le village. Cette info Burkina souligne la vulnérabilité persistante des zones rurales.

Attaque de l’EIS près de Gorom Gorom : un convoi humanitaire ciblé

Le 28 juillet, l’EIS a attaqué un convoi humanitaire civil escorté par des soldats burkinabè et des VDP près de Gorom Gorom. Au moins neuf civils ont été tués et plusieurs blessés, des camions incendiés. Le convoi, composé d’au moins 100 camions et transportant plus de 100 civils, se dirigeait vers Gorom Gorom, assiégée par l’EIS depuis plus de trois ans. Les témoins ont confirmé que le convoi ne transportait ni armes ni matériel militaire.

L’attaque s’est produite près du village de Balliata, où des combattants ont ouvert le feu sur les véhicules. Les militaires en escorte ont riposté avant de battre en retraite. Les témoins ont identifié les assaillants comme des membres de l’EIS, en raison de leur mode opératoire similaire à des attaques précédentes dans la région. Une attaque similaire en janvier avait déjà fait 21 morts, dont au moins trois civils, entre Dori et Seytenga. Les neuf victimes civiles identifiées comprenaient deux femmes et sept hommes.

Appel à la justice et à la protection

Toutes les parties au conflit au Burkina Faso sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui interdit les exécutions sommaires, les attaques contre les civils et les biens civils, et le pillage. Les convois humanitaires civils ne peuvent être considérés comme des cibles militaires, même s’ils sont escortés. Le gouvernement a l’obligation d’enquêter impartialement et de poursuivre les auteurs de crimes de guerre.

Bien qu’un Pôle judiciaire spécialisé dans la répression du terrorisme ait été créé à Ouagadougou en 2017, ses progrès sont lents en raison d’un manque de fonds et de personnel. De plus, les autorités burkinabè ont fait peu de progrès dans les enquêtes et les poursuites contre les membres des forces de sécurité impliqués dans des violations des droits humains lors des opérations de contre-insurrection. Cette situation affecte la politique Burkina Faso en matière de justice et de droits humains.

La nomination du président burundais Évariste Ndayishimiye comme envoyé spécial de l’Union africaine pour le Sahel offre une opportunité de renforcer la réponse de l’UA aux problèmes de droits humains au Burkina Faso. Ilaria Allegrozzi a souligné que l’envoyé spécial devrait faire pression sur le gouvernement burkinabè pour qu’il mène des enquêtes et traduise en justice tous les responsables d’abus graves, tout en fournissant un soutien technique et financier au Pôle judiciaire spécialisé pour qu’il puisse remplir efficacement son mandat essentiel. La Faso économie et la stabilité sociale dépendent largement de la résolution de cette crise sécuritaire.