28 juillet 2026

Burkina Voix

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Mali : le Jnim intensifie son blocus et frappe le barrage de Manantali

Au Mali, la stratégie d’étouffement menée par le Jnim, groupe jihadiste affilié à al-Qaïda, franchit une nouvelle étape. Ces derniers jours, une dizaine de bus ont été réduits en cendres sur la route reliant Ségou à Bamako, un axe vital pour l’approvisionnement de la capitale depuis l’est du pays. Parallèlement, des équipements essentiels du barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été endommagés. Malgré les efforts de l’armée malienne, qui poursuit ses opérations sur plusieurs fronts, le pays reste sous l’emprise d’un étau économique de plus en plus serré.

Manantali, un symbole sous pression

La destruction d’éléments clés du barrage de Manantali n’est pas un acte isolé. Ce site, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), représente un pilier du réseau électrique national. En s’attaquant à ses infrastructures, le Jnim ne cible plus uniquement les forces de sécurité : il frappe au cœur de l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent services publics, commerces et industries.

Cette tactique s’inscrit dans une campagne plus large, marquée par des attaques répétées contre les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Les jihadistes misent sur la pénurie de carburants pour fragiliser le pouvoir de transition dirigé par le général Assimi Goïta, tout en exploitant le mécontentement de la population. Bamako, jusqu’ici relativement préservée, devient désormais l’épicentre d’une bataille d’usure.

L’armée malienne en première ligne

En réponse à cette offensive, l’état-major malien affirme maintenir des opérations terrestres et aériennes dans plusieurs zones du territoire. Grâce à des escortes militaires, des centaines de camions-citernes ont pu rejoindre Bamako ces derniers jours, permettant de soulager temporairement les stations-service en tension. Cependant, cette avancée logistique reste fragile : chaque convoi nécessite des ressources considérables, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée à court terme.

Les Forces armées maliennes (FAMa) se retrouvent prises en étau. À l’ouest et au centre, le Jnim multiplie les attaques et les sabotages d’infrastructures. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation reste bloquée, tandis que de nouveaux affrontements avec les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent semblent inévitables. Le pouvoir central doit ainsi gérer deux fronts distincts, avec des moyens qui s’amenuisent rapidement.

Un enjeu qui dépasse les frontières

Le blocus imposé au Mali a des répercussions bien au-delà du pays. Les économies du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire subissent les contrecoups de l’affaiblissement des corridors commerciaux ouest-africains. Les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part importante du trafic transite vers l’arrière-pays sahélien, voient leur activité ralentir. La Confédération des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à coordonner une riposte face à cette guerre économique menée par les groupes armés.

L’attaque contre Manantali soulève également des questions sur la gestion partagée des infrastructures régionales. Une dégradation supplémentaire des installations aurait des conséquences immédiates sur l’alimentation électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant une crise malienne en un défi continental. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs d’équipements militaires, devront trouver un équilibre entre le soutien à la souveraineté de Bamako et la protection des infrastructures transfrontalières.

Sur le terrain, le décalage entre les annonces de l’armée et la réalité vécue par les habitants de Bamako révèle l’originalité de cette phase du conflit. Le Jnim ne cherche plus seulement à contrôler des territoires : il vise à asphyxier l’État malien dans son ensemble.