Mali : La lutte antiterroriste bascule dans la violation systématique des droits humains

Mali : La lutte antiterroriste bascule dans la violation systématique des droits humains
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Depuis le coup d’État de 2020, le Mali traverse une période où la quête de sécurité s’est muée en une répression méthodique des populations civiles. Initialement présentée comme une solution contre les groupes armés, la stratégie militaire adoptée par la junte a progressivement transformé les forces de l’ordre en acteurs de violations massives des droits fondamentaux. Résultat : une spirale de violences qui ronge la crédibilité de l’État lui-même.

Quand l’anticorps devient un poison : la dérive sécuritaire malienne

La junte au pouvoir à Bamako avait fait de la restauration de la souveraineté nationale sa priorité. Pour y parvenir, elle a choisi une approche radicale : éradiquer les menaces terroristes par tous les moyens, y compris les plus contestables. Pourtant, cette guerre déclarée au nom de la protection des Maliens s’est retournée contre eux. Les exécutions extrajudiciaires, les tortures et les déplacements forcés de populations se multiplient, notamment dans les régions du centre où les tensions communautaires sont déjà exacerbées.

Une armée et des alliés accusés de crimes de guerre

Des rapports accablants d’ONG internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, documentent depuis 2020 des pratiques contraires aux conventions internationales. Ces violations incluent des disparitions forcées, des simulations d’exécutions, des violences sexuelles systématiques et des destructions massives de villages, particulièrement ciblés dans les zones d’implantation peule. Contrairement à ce que prétendent les autorités, ces exactions ne relèvent pas d’excès isolés, mais d’une stratégie délibérée intégrée aux doctrines opérationnelles.

L’après-MINUSMA : l’impunité制度化 (systématisée) par l’absence de surveillance

Le départ précipité des Casques bleus de MINUSMA fin 2023 a offert au régime malien une liberté sans précédent. Sans la pression des observateurs onusiens, les mécanismes de contrôle se sont effondrés. Les années 2024 ont vu un explosion des signalements d’exactions : +300 % selon les estimations des ONG. Les villages fantômes, les familles décimées et les survivants réduits à la marginalité se comptent par milliers, tandis que l’impunité devient la norme.

Les institutions judiciaires locales, sous l’emprise politique, refusent d’instruire les dossiers. Quant aux organisations régionales comme l’Union africaine ou la CEDEAO, leurs déclarations se limitent à des appels à la retenue, évitant soigneusement de condamner les violations commises par Bamako. Une diplomatie du silence qui favorise l’escalade.

L’État de droit en lambeaux : justice et diplomatie en échec

Le Mali a tourné le dos à la Cour pénale internationale, privant les victimes de tout recours légal. Les tribunaux nationaux, sous contrôle militaire, ignorent les plaintes pour crimes de guerre. Cette impunité organisée encourage les forces de sécurité à poursuivre leurs exactions, convaincues que nul ne les sanctionnera. Pendant ce temps, les groupes armés jihadistes exploitent ce vide pour recruter, transformant la colère populaire en soutien actif à leurs revendications.

La justice malienne n’est plus qu’un paravent. Les rares enquêtes ouvertes sont rapidement étouffées, et les rares condamnations restent symboliques. Une réalité qui illustre l’effondrement des contre-pouvoirs et la mainmise de l’armée sur les institutions.

Le poison de la peur : comment la répression nourrit l’insécurité

En misant sur la terreur pour sécuriser le territoire, la junte a creusé un piège : chaque abus commis alimente la radicalisation. Les populations, prises en étau entre les jihadistes et les forces de l’ordre, se tournent vers les groupes armés par désespoir. Les villages incendiés, les chefs communautaires exécutés et les femmes victimes de violences deviennent autant de recrues potentielles pour les organisations terroristes.

Cette stratégie autodestructrice révèle une vérité crue : un État qui trahit ses citoyens perd toute légitimité. Les alliances régionales se fragilisent, les partenaires internationaux se distancient, et l’insécurité gagne du terrain. Pire encore, les jihadistes voient leurs rangs grossir sans effort, tandis que Bamako s’enlise dans un conflit sans issue.

Les conséquences d’une stratégie en déroute

  • Une politique sécuritaire qui se transforme en répression systématique des civils, alimentant la radicalisation.
  • Un système judiciaire paralysé, réduisant à néant toute réparation pour les victimes de violations.
  • Une diplomatie régionale incapable d’imposer des sanctions, préférant les déclarations tièdes aux actions concrètes.
  • Un cercle vicieux où la violence étatique engendre la violence jihadiste, et où les populations civiles paient le prix exorbitant de cette guerre.
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Suzanne Ntouba

Journaliste