Nouvel ordre politique au Mali : la fin des dynasties qui dominaient depuis 1991

Nouvel ordre politique au Mali : la fin des dynasties qui dominaient depuis 1991
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Un virage autoritaire aux conséquences historiques

Depuis que le général Assimi Goïta et sa junte ont pris les rênes du Mali, un bouleversement sans précédent s’est opéré dans le paysage politique. L’ancienne élite, qui dominait la scène depuis l’avènement de la démocratie en 1991, n’est plus qu’un lointain souvenir. Ni prison, ni exil, ni silence imposé : le pouvoir militaire a orchestré un effacement méthodique de ceux qui incarnaient autrefois le jeu politique malien.

Trois mécanismes pour anéantir l’héritage démocratique

Les figures emblématiques de l’ADEMA, du RPM ou encore de l’URD n’ont pas disparu du jour au lendemain. Leur éradication s’est construite sur une stratégie implacable, déployée en trois temps.

1. La justice comme outil de neutralisation politique

Les prétoires malien sont devenus le théâtre privilégié d’une chasse aux sorcières ciblée. Sous couvert d’accusations variées – « atteinte à la sûreté de l’État », « propos subversifs » ou « détournements de fonds » –, les anciens dirigeants sont systématiquement placés en détention provisoire. L’exemple de Choguel Maïga, ancien Premier ministre devenu otage de son propre régime, illustre l’absence de pitié. Aucun passé ne protège plus de la répression judiciaire, transformée en instrument de terreur politique.

2. L’exil, ultime refuge des opposants

Pour ceux qui refusent de plier, l’étranger s’est imposé comme une issue inévitable. Des dizaines d’anciens ministres, de cadres de partis et de militants ont fui vers des cieux plus cléments, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou en France. Depuis leur lieu d’exil, leur combat politique résonne comme un écho lointain. Pourtant, à Bamako, le récit national est désormais verrouillé, et leurs voix ne parviennent plus à percer le mur du silence imposé.

3. L’étouffement par l’autocensure

Ceux qui restent sur place ont choisi une voie plus discrète : la survie par le renoncement. Dans un contexte où les partis politiques sont suspendus et les associations dissoutes, la moindre critique est immédiatement qualifiée de trahison. La peur s’est installée, et avec elle, l’obligation de se taire pour éviter les représailles. Les anciens barons, habitués à occuper les plateaux de télévision et les couloirs du pouvoir, ne sont plus désormais que des ombres de ce qu’ils étaient.

Du rejet populaire à la prise de pouvoir durable

La junte n’a pas agi dans le vide. Elle a capitalisé sur une lassitude généralisée face à des décennies de corruption, d’incompétence politique et d’incapacité à résoudre la crise sécuritaire. En désignant l’élite traditionnelle comme unique responsable de l’échec de l’État, le général Goïta a offert au peuple malien un bouc émissaire parfait. Pourtant, cette rhétorique salvatrice s’est rapidement muée en une entreprise de démantèlement institutionnel.

Les élections, reportées sine die, ont scellé le sort des partis politiques. Les institutions démocratiques, autrefois incontournables, ne sont plus qu’une façade. Des organes de transition, créés sur mesure, ont pris leur place, reléguant l’ancienne classe politique à un rôle de spectateur impuissant. La refondation du pays se fait désormais sans elle, comme si son héritage n’avait plus aucune légitimité.

Un vide politique aussi dangereux que la répression

En annihilant les grands partis et en isolant leurs leaders, le pouvoir militaire a réussi à briser toute opposition structurée. Mais cette victoire à court terme pourrait bien se transformer en une défaite stratégique à long terme. Sans opposition pour équilibrer le débat, le régime se retrouve isolé, confronté à des défis majeurs sans médiation possible.

En condamnant d’anciennes figures politiques à la prison, à l’exil ou au silence, Bamako a certes éteint les braises de la contestation. Mais en étouffant toute possibilité de relève démocratique, le général Goïta et sa junte risquent de plonger le Mali dans une ère où le pouvoir, privé de contre-pouvoirs, se retrouvera seul face à ses propres échecs. Et lorsque le seul dialogue possible est celui du silence, la stabilité d’un pays ne repose plus que sur l’équilibre fragile d’une dictature déguisée.

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Suzanne Ntouba

Journaliste