11 juin 2026

Burkina Voix

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L’État du Cameroun face aux défis financiers de la reprise d’Eneo

Le passage sous contrôle étatique de l’ancien distributeur d’électricité Eneo suscite des interrogations majeures au Cameroun. Suite à la reprise de la quasi-totalité des parts de l’ex-filiale du groupe britannique Actis, l’entité désormais nommée Socadel (Société camerounaise d’électricité) appartient à 95 % à la puissance publique, tandis que le personnel détient les 5 % restants. Cette transition vers une gestion publique soulève des craintes quant à l’impact immédiat sur les finances nationales, dans un contexte budgétaire déjà particulièrement tendu.

Un transfert de passifs vers les comptes publics

L’intégration de l’opérateur historique dans le giron de l’État signifie que des dettes et des déséquilibres autrefois portés par le secteur privé incombent désormais directement au Trésor. Les problèmes de fond, tels que les écarts tarifaires et les arriérés de paiement envers les producteurs indépendants, deviennent des charges structurelles pour le budget du Cameroun. Alors que le pays s’efforce de maintenir un équilibre entre le service de sa dette et ses engagements sociaux, la gestion des besoins de trésorerie de la Socadel ajoute une pression supplémentaire sur les ressources publiques, compliquant l’équation financière globale.

Un modèle d’exploitation à rééquilibrer

La viabilité à long terme de la nouvelle structure publique est au cœur des préoccupations. Actuellement, les tarifs imposés aux consommateurs ne permettent pas de couvrir l’intégralité des coûts liés à la production et à la distribution de l’énergie. À cela s’ajoutent des pertes techniques et commerciales persistantes sur le réseau national. Jusqu’à présent, l’État a dû intervenir par le biais de subventions ou en laissant s’accumuler des dettes, une situation jugée structurellement déficitaire. Le départ du partenaire privé n’a pas encore été suivi d’une révision profonde de la grille tarifaire ou d’un plan de redressement opérationnel suffisamment chiffré pour stabiliser l’entreprise.

Sécuriser l’avenir énergétique national

Le bon fonctionnement du secteur électrique est vital pour la croissance industrielle du Cameroun et pour la réussite de projets d’envergure comme les barrages de Nachtigal et de Memve’ele. L’objectif d’un accès universel à l’électricité d’ici 2030 dépend de la solidité de la chaîne de valeur, incluant le transporteur Sonatrel. Pour stabiliser la situation, il devient impératif de définir une mission claire pour la Socadel, d’établir une trajectoire financière réaliste et de régler les dettes croisées entre les différents acteurs du secteur, afin d’éviter un recours systématique aux garanties publiques.

Enfin, cette renationalisation envoie un signal fort aux investisseurs internationaux sur la lisibilité des partenariats public-privé. Le gouvernement camerounais doit désormais prouver que cette reprise n’est pas une simple mesure d’urgence, mais le point de départ d’une modernisation profonde de la gouvernance énergétique du pays, visant un retour durable à l’équilibre opérationnel.