
Libreville, mardi 30 juin 2026 – Le Gabon ambitionne de transformer sa biodiversité exceptionnelle en levier de croissance. Avec le lancement de sa stratégie nationale du tourisme durable et de l’artisanat, le pays engage un vaste chantier qui dépasse largement le secteur touristique pour embrasser une nouvelle vision de développement.
Cette feuille de route incarne un projet de diversification économique fondé sur la valorisation du capital naturel, la création d’emplois et la réduction de la dépendance aux ressources extractives. Réunis à la Cité de la Démocratie à Libreville, hauts responsables de l’État, partenaires techniques, diplomates et acteurs privés ont pris part au lancement officiel d’un document stratégique destiné à redéfinir la place du tourisme dans l’économie gabonaise.
Dans un contexte où les modèles traditionnels montrent leurs limites et où la transition écologique s’impose, le Gabon entend faire de ses forêts, de ses parcs nationaux, de sa culture et de son artisanat des actifs de croissance durable. La ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, le Pr Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, a insisté sur le fait que le tourisme n’est pas seulement une activité économique : c’est un outil de développement territorial, une vitrine identitaire et un puissant levier d’investissement capable de transformer durablement les territoires.
71 projets pour changer d’échelle
Le constat de départ est simple : malgré un potentiel reconnu à l’international, le secteur touristique gabonais n’a jamais pleinement exploité ses atouts. Les diagnostics présentés lors de la cérémonie révèlent des insuffisances institutionnelles, juridiques et organisationnelles qui ont freiné l’émergence d’une véritable industrie touristique. Pour y remédier, la stratégie prévoit la mise en œuvre de 71 projets prioritaires. Les investissements ciblent la modernisation des infrastructures, l’amélioration de la gouvernance sectorielle, la professionnalisation des opérateurs, le développement des circuits écotouristiques et la valorisation du patrimoine historique, culturel et artisanal.
L’objectif est clair : augmenter significativement la contribution du tourisme au produit intérieur brut tout en préservant l’intégrité écologique qui fait la singularité du pays. Avec plus de 88 % de son territoire couvert de forêts et des parcs nationaux parmi les plus préservés d’Afrique, le Gabon dispose d’un avantage concurrentiel rare. Sa faune, sa flore et ses paysages constituent un patrimoine mondial dont la valeur économique reste largement sous-exploitée.
Une économie qui ne peut plus fonctionner en silos
La réussite de cette stratégie dépendra d’une coordination renforcée de l’action publique. Le ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume, a souligné qu’aucun ministère ne pourra relever seul un tel défi. Développer le tourisme implique nécessairement les secteurs des infrastructures, des transports, de la culture, de l’environnement, des eaux et forêts, de l’aménagement du territoire et de la formation professionnelle.
Cette approche intégrée marque une évolution importante de la gouvernance économique. Le tourisme n’est plus perçu comme un secteur périphérique mais comme un catalyseur capable d’entraîner plusieurs filières simultanément, de stimuler l’investissement privé et de créer des emplois dans des zones souvent éloignées des grands centres urbains. L’artisanat occupe également une place stratégique : en valorisant les savoir-faire locaux, il participe à la préservation du patrimoine culturel tout en générant des revenus pour des milliers de familles.
Le moment de vérité
La désignation de l’actrice et productrice Nelly Obono comme égérie de la caravane touristique nationale, ainsi que l’engagement de l’artiste Annie Flore à mettre gratuitement son titre « Je t’invite » pour promouvoir le pays, témoignent de la volonté d’associer les acteurs culturels à cette dynamique. Mais au-delà des symboles, l’enjeu est celui de l’exécution. Le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a appelé l’ensemble des administrations, collectivités locales et opérateurs économiques à s’approprier cette stratégie pour en faire une réalité tangible.
La remise officielle du document stratégique et l’annonce immédiate de la mise en place d’une équipe chargée de son opérationnalisation marquent le passage de la réflexion à l’action. La troisième édition de la Caravane nationale du tourisme, prévue du 17 juillet au 6 septembre prochain, constituera le premier test grandeur nature de cette nouvelle politique.
Pour le Gabon, le défi dépasse le simple développement touristique. Il s’agit de démontrer qu’une nation peut transformer la protection de son environnement en moteur de prospérité. Dans un monde en quête de modèles économiques plus durables, cette stratégie pourrait faire du pays l’un des laboratoires africains les plus prometteurs de l’économie verte.
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