2 juillet 2026

Burkina Voix

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Tombouctou privée d’électricité et d’eau : l’asphyxie d’une ville historique

Isolée du reste du Mali par l’insécurité, la célèbre cité des 333 saints traverse une épreuve inédite. Sans électricité ni eau courante à cause d’une rupture de carburant, Tombouctou révèle l’échec logistique et sécuritaire qui frappe en premier lieu les civils.

À Tombouctou, le mercure dépasse souvent les 40 degrés Celsius à l’ombre. Pourtant, depuis plusieurs jours, plus un ventilateur ne tourne, aucun réfrigérateur ne fonctionne, et les robinets sont totalement à sec. La centrale thermique locale, exploitée par la compagnie publique Énergie du Mali (EDM-SA), est complètement à l’arrêt. Faute de combustible pour ses générateurs, toute la ville bascule dans le vide technologique, entraînant avec elle la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep).

Ce n’est plus seulement une crise des infrastructures ; c’est un blocus invisible qui paralyse la vie de dizaines de milliers d’habitants.

Le blocus logistique : quand le carburant devient une arme

Si Bamako subit des délestages chroniques, Tombouctou endure une double peine : celle de sa position géographique et de la menace sécuritaire. La crise actuelle découle directement d’une pénurie de carburant qui dure depuis plus d’un mois.

  • L’embargo du JNIM : Depuis plusieurs mois, les groupes jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans imposent un blocus étouffant sur les principaux axes routiers vers le nord. Les camions-citernes qui approvisionnent habituellement la ville sont pris pour cible, bloqués ou escortés au compte-gouttes.
  • Le coût exorbitant du système D : Privée de ses voies de ravitaillement normales, la ville dépend de circuits informels ou de convois militaires lents et rares. Le prix du litre de carburant au marché noir a flambé, rendant impossible l’autonomie des petits commerces ou des générateurs privés.

L’impact sanitaire est immédiat : sans électricité, la chaîne du froid est rompue, menaçant la conservation des rares aliments et des médicaments. À l’hôpital régional de Tombouctou, la situation frôle la catastrophe, obligeant le personnel à prioriser les urgences vitales sous la lumière de téléphones portables ou d’installations solaires de secours encore insuffisantes pour couvrir tout l’établissement.

Le désengagement de l’État pointé du doigt

Face à cette urgence, les autorités locales ont annoncé des distributions d’eau potable par camions-citernes pour pallier le manque. Mais ces mesures d’urgence de type humanitaire ne cachent pas le ressentiment de la population. Les habitants de Tombouctou se sentent abandonnés, relégués en marge des priorités de la capitale.

La promesse de sécuriser les axes stratégiques et d’assurer une autonomie énergétique peine à se concrétiser. En optant pour une approche exclusivement militaire pour sécuriser les flux, sans parvenir à garantir la continuité des services de base, l’État malien laisse la Somagep et l’EDM impuissantes face aux coupures d’approvisionnement.

Une ville sous perfusion

Tombouctou ne peut pas vivre indéfiniment sous perfusion de générateurs vides. Si la transition malienne veut prouver sa capacité à administrer l’ensemble de son territoire, la reconquête des services publics de base est tout aussi cruciale que la reconquête militaire. Tant que les routes resteront coupées et que les citernes d’EDM ne pourront pas rejoindre le nord en toute sécurité, la perle du désert continuera de s’éteindre, un quartier après l’autre.