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Derrière l’initiative « 6 millions de voix pour la justice au Congo », portée par Amnesty International, se cache un constat accablant : plus de trente ans de conflits dans l’est de la République démocratique du Congo, des millions de morts, et une impunité qui persiste pour les auteurs présumés de crimes. En analysant les ressorts de cette campagne, on découvre une société civile qui ne se contente plus de dénoncer, mais qui organise la pression citoyenne pour briser un cycle de violences sans réponse judiciaire.

Une pétition pour sortir de l’engrenage de l’impunité

L’objectif affiché est clair : recueillir six millions de signatures afin de réclamer justice pour les victimes du conflit qui ravage la RDC depuis plus de trois décennies. Mais ce chiffre n’est pas anodin. Il renvoie au nombre estimé de personnes décédées à cause des guerres dans l’est du pays. Un symbole fort, qui vise à transformer une comptabilité macabre en levier de mobilisation.

Cette campagne ne se limite pas à une simple collecte de noms. Elle entend interpeller les autorités congolaises et la communauté internationale sur l’urgence de traduire en justice les responsables de crimes de droit international, et d’offrir des réparations aux victimes.

« Nous sommes nés en guerre » : le témoignage d’une génération sacrifiée

À Goma, dans le quartier de Kasika, Noël Chiza, 37 ans, incarne cette génération qui n’a jamais connu la paix. Père de cinq enfants, il dit avoir subi de nombreuses violences au cours de sa vie. Son indignation est d’autant plus vive qu’il voit certains de ceux qu’il considère comme ses bourreaux occuper aujourd’hui des postes de responsabilité dans les institutions publiques, sans avoir à répondre de leurs actes.

« Nous sommes nés en guerre, nous grandissons en guerre, nous avons vécu des atrocités de tout genre et nous risquons même de mourir en guerre. C’est pourquoi nous ne pouvons pas continuer à récompenser ceux qui ont commis des crimes en les intégrant dans les institutions, que ce soit au niveau local ou national », témoigne-t-il.

Des membres du Mouvement du 23 mars (M23) à Uvira, en République démocratique du Congo, en janvier 2026.

Les invisibles du conflit : déplacés et victimes toujours en vie

Derrière les six millions de morts estimés, il y a des millions d’autres victimes, moins visibles, mais bien vivantes. Celles qui, comme Josué Wallay, ont dû fuir leur région d’origine. Aujourd’hui déplacé à Kinshasa, il raconte une vie brisée, loin de sa communauté et de ses repères.

« Aujourd’hui, je suis déplacé à Kinshasa, loin de ma communauté et de mon cadre de vie, à cause des conflits qui sévissent dans l’est de la RDC. Ce déplacement n’est pas un choix de confort ; c’est une rupture avec mon environnement, mes habitudes, mes activités et une partie de ce qui donnait un sens à mon quotidien. Les conflits m’ont affecté à plusieurs niveaux », explique-t-il.

Pour une justice capable de reconstruire la paix

Pour Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains engagé dans la campagne, la lutte contre l’impunité est une condition sine qua non pour parvenir à une paix durable en RDC. Il pointe du doigt un système judiciaire qui souffre autant d’un manque de moyens que d’une absence de volonté politique.

« La justice congolaise souffre non seulement d’un manque de capacités, mais aussi d’un manque de volonté politique. Nous avons besoin d’une justice capable d’apporter des réponses aux victimes, notamment à travers des réparations. Nous appelons toutes les personnes solidaires des victimes congolaises à se joindre à cette campagne. »

Au-delà de la pétition, Amnesty International demande que le 1er octobre soit décrété « Journée nationale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international commis en République démocratique du Congo ». Une manière d’ancrer la mémoire des victimes dans le calendrier national et de maintenir la pression sur les institutions.

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