Que s’est-il réellement passé au Bénin ce dimanche matin ? Les autorités béninoises ont officiellement annoncé avoir déjoué une tentative de renversement du pouvoir à Cotonou. Cette déclaration fait suite à l’irruption de soldats sur les écrans de la télévision nationale, proclamant la destitution du président Patrice Talon.
Le chef de l’État, dont le second mandat s’achève en avril prochain, serait actuellement en sécurité selon son entourage proche. Le Bénin, pays d’Afrique de l’Ouest reconnu pour sa solidité économique, fait face depuis quelques années à une pression sécuritaire croissante, notamment en raison de menaces jihadistes dans sa zone septentrionale.
L’atmosphère à Cotonou demeurait tendue à la mi-journée. Bien que la vie quotidienne semble suivre son cours dans certains quartiers, des détonations ont été signalées et les forces armées ont restreint l’accès au palais présidentiel. Voici les points clés pour comprendre la situation.
L’émergence d’un « Comité militaire pour la refondation »
Tôt ce dimanche, un groupe de huit militaires armés et portant des bérets de différentes couleurs a pris la parole sur la chaîne publique. Se présentant sous l’étiquette du Comité militaire pour la refondation (CMR), ils ont déclaré la fin du pouvoir de Patrice Talon.
Placé sous l’autorité d’un lieutenant-colonel désigné comme président du CMR, le groupe a justifié son action par plusieurs griefs : l’instabilité sécuritaire au nord du Bénin, le manque de soutien aux familles des soldats tombés au combat, ainsi que des dysfonctionnements dans les promotions au sein de l’armée. Les mutins ont également critiqué une dérive autoritaire et brandi des revendications d’ordre social.
La riposte des forces loyalistes et sécurisation du président
Cependant, le mouvement n’a pas reçu le soutien escompté de l’ensemble de l’institution militaire. Alassane Seidou, ministre de l’Intérieur, a affirmé plus tard que les forces armées béninoises étaient restées fidèles à l’ordre républicain, permettant de reprendre la main sur les événements. Malgré ces assurances, des témoins ont rapporté avoir entendu des tirs dans la capitale économique.
Les proches de Patrice Talon ont confirmé qu’il était hors de danger. Selon une source officielle, l’armée régulière est en train de stabiliser la situation, qualifiant les putschistes de « groupuscule » n’ayant réussi qu’à s’emparer temporairement de l’antenne télévisée. La ville et le pays seraient désormais sous contrôle.
Des barrages militaires ont néanmoins été maintenus autour de la télévision nationale, de la présidence, ainsi que dans certains secteurs stratégiques comme le quartier des institutions internationales et l’hôtel Sofitel.
Une opération de sécurisation toujours en cours
Une source au sein de l’armée a précisé que les putschistes n’avaient réussi à prendre ni le palais présidentiel, ni la résidence privée du chef de l’État. Un processus de « nettoyage » est actuellement mené pour rétablir totalement l’ordre public.
Sur le plan diplomatique, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) a vivement condamné cet acte, le qualifiant de subversion contre la volonté populaire. L’organisation a réaffirmé son soutien total au gouvernement légitime.
De son côté, l’Union africaine (UA) a dénoncé avec fermeté cette tentative de coup d’État, exigeant que les militaires impliqués cessent leurs actions illégales et regagnent immédiatement leurs casernes.
Le contexte politique sous Patrice Talon
Le Bénin possède une histoire politique marquée par plusieurs épisodes de putschs. Patrice Talon, qui dirige le pays depuis 2016, doit théoriquement quitter ses fonctions en 2026, conformément à la limite constitutionnelle de deux mandats.
Toutefois, le climat politique est tendu. L’opposition dénonce régulièrement une restriction des libertés et une exclusion des principaux partis des processus électoraux. Bien que le pays affiche des indicateurs économiques positifs, les critiques sur un supposé virage autoritaire se multiplient.
Cet événement s’inscrit dans une série de bouleversements politiques en Afrique de l’Ouest, une région déjà secouée par des coups d’État récents au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée et en Guinée-Bissau.
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