24 avril 2026

Tanzanie : les chiffres officiels des violences post-électorales sous le feu des critiques

Un rapport controversé six mois après le scrutin

La Tanzanie traverse une période de tensions persistantes depuis l’élection présidentielle du 29 octobre 2025. Ce jeudi 23 avril, une commission d’enquête mise en place par les autorités a rendu public un bilan officiel de 518 décès liés aux violences post-électorales. Présenté à Dar es Salaam, ce document tente de faire la lumière sur les événements sanglants qui ont marqué la fin de l’année précédente, mais il est immédiatement contesté par l’opposition et les défenseurs des droits humains.

Des conclusions contestées par l’opposition et les ONG

Le gouvernement tanzanien, par la voix de cette commission, attribue la majorité des morts à des « débordements incontrôlés » lors de manifestations non autorisées. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi que les violences intercommunautaires, sont pointés du doigt comme causes principales de ce bilan tragique. Cependant, ce chiffre de 518 victimes est loin de faire consensus.

L’opposition dénonce une minimisation des violences

Les partis d’opposition rejettent en bloc ce bilan, estimant que le nombre réel de victimes est bien supérieur. Ils accusent les autorités de sous-évaluer délibérément l’ampleur des violences pour éviter des poursuites internationales. Certains leaders politiques évoquent même des milliers de morts et dénoncent l’absence de toute mention des disparitions forcées dans le rapport officiel.

Les ONG pointent une répression systématique

Les organisations de défense des droits humains, s’appuyant sur des images satellites et des témoignages recueillis sur le terrain, soutiennent que la répression a été « méthodique et généralisée ». Pour elles, la thèse d’une série de « bavures isolées » avancée par Dar es Salaam relève du déni. Ces acteurs indépendants appellent à une enquête internationale pour établir les responsabilités et éviter l’impunité.

Un équilibre fragile entre vérité et diplomatie

En présentant un bilan inférieur aux estimations des observateurs indépendants, le gouvernement tanzanien semble chercher un compromis délicat. D’un côté, il reconnaît une part de responsabilité pour apaiser les critiques de la communauté internationale. De l’autre, il tente d’éviter des condamnations pour crimes contre l’humanité devant les juridictions étrangères.

Selon un représentant d’une organisation locale de la société civile, qui préfère rester anonyme : « Ce rapport n’a pas pour objectif de révéler la vérité, mais de permettre au régime de retrouver une légitimité sur la scène internationale. »

Quel avenir pour la réconciliation nationale ?

La publication de ce rapport marque-t-elle le début d’une période de apaisement ou l’amorce d’une nouvelle crise politique ? En Tanzanie, l’exigence d’une enquête indépendante et transparente devient de plus en plus pressante. Pour de nombreux analystes, tant que les zones d’ombre persisteront — notamment sur le nombre exact de victimes et l’identité des responsables —, les tensions resteront vives.

Le pays se trouve aujourd’hui face à un dilemme : reconnaître pleinement l’ampleur des violences pour tourner la page, ou continuer à alimenter les divisions en niant une partie de la réalité. Une chose est sûre : sans une volonté commune de vérité, le spectre des violences de 2025 continuera de peser sur la vie politique tanzanienne.