28 juillet 2026

Burkina Voix

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Démocratie africaine : pourquoi les putschistes ne devraient pas être légitimés par les urnes

«Il n’est pas acceptable que des auteurs de coup d’État soient élus démocratiquement» : le cri d’alarme d’un expert

Paul-Simon Handy, directeur régional de l'Institut d'études de sécurité (ISS) pour l'Afrique de l'Est, analyse les défis de la démocratie africaine

Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine a clos ses travaux par un engagement fort : «faire taire les armes» et mettre un terme définitif aux changements de pouvoir anticonstitutionnels. Mais cette promesse peut-elle être prise au sérieux ? Paul-Simon Handy, chercheur camerounais et directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, était présent à Addis-Abeba et livre son analyse sans concession.

Lors de ce sommet historique, les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de lutter contre les coups d’État et les prises de pouvoir illégitimes. Pourtant, des questions persistent : comment concilier cette ambition avec la réalité politique du continent, où certains régimes issus de putschs tentent désormais de se légitimer par les urnes ?

Paul-Simon Handy, dont l’expertise en matière de sécurité et de gouvernance est reconnue, a participé activement aux débats. Directeur régional de l’ISS pour l’Afrique de l’Est, il a souligné l’urgence d’agir face à cette montée des régimes autoritaires qui instrumentalisent les mécanismes démocratiques pour se maintenir au pouvoir.

Dans cet entretien exclusif, il explique pourquoi l’élection de dirigeants ayant orchestré des coups d’État est une menace pour la stabilité africaine. Selon lui, cette pratique sape les fondements de la démocratie et envoie un mauvais signal aux populations, notamment aux jeunes générations en quête de transparence et de justice.

Des promesses du sommet de l’Union africaine à la réalité

Le sommet de l’Union africaine a marqué un tournant avec sa déclaration d’intention : «aucune tolérance pour les changements anticonstitutionnels». Une avancée saluée par de nombreux observateurs, mais qui reste à concrétiser. Paul-Simon Handy tempère l’optimisme :

«Les déclarations d’intention ne suffisent plus. Il est temps de passer aux actes. Ériger en système la légitimation par les urnes de putschistes revient à normaliser l’inacceptable. Comment exiger le respect des règles démocratiques quand on autorise ceux qui les ont bafouées à en tirer profit ?»

Pour le chercheur, cette contradiction menace l’image même de l’Union africaine. Comment imposer le respect des principes démocratiques sur la scène internationale si le continent africain tolère des pratiques contraires ?

Les risques d’une démocratie détournée

La légitimation des auteurs de coups d’État par les urnes pose plusieurs problèmes majeurs :

  • Un précédent dangereux : Si un putschiste peut être élu, pourquoi les prochains dirigeants ne suivraient-ils pas le même chemin ?
  • L’affaiblissement des institutions : Les mécanismes de contrôle et de contre-pouvoirs deviennent inutiles face à des régimes qui se maintiennent par la ruse plutôt que par la légitimité.
  • La radicalisation des populations : Les citoyens, frustrés par des systèmes politiques verrouillés, pourraient se tourner vers des alternatives encore plus radicales.

Pour Paul-Simon Handy, la solution passe par des sanctions ciblées et un renforcement des mécanismes de surveillance au sein de l’Union africaine. Il appelle également les partenaires internationaux à ne pas fermer les yeux sur ces pratiques, qui sapent la crédibilité de la démocratie africaine.

L’Afrique face à son destin démocratique

Le continent africain se trouve à un carrefour. D’un côté, les aspirations démocratiques des populations, de l’autre, les stratégies de contournement mises en place par certains dirigeants. Dans ce contexte, les mots de Paul-Simon Handy résonnent comme un avertissement :

«L’Afrique doit choisir : soit elle défend ses valeurs démocratiques avec fermeté, soit elle accepte de voir ses institutions se vider de leur substance. La crédibilité de l’Union africaine et la stabilité du continent en dépendent.»

Alors que le 39ᵉ sommet de l’Union africaine a posé les bases d’une nouvelle ère, reste à savoir si les dirigeants africains oseront aller jusqu’au bout de leurs engagements. Une chose est sûre : l’Afrique ne peut plus se permettre de jouer avec les principes qui fondent sa paix et sa prospérité.