30 juillet 2026

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Chiffrement : Claude casse HAWK et fissure une version réduite d’AES, mais pas de panique

Chiffrement : Claude casse HAWK et fissure une version réduite d’AES, mais pas de panique

Faucon, vraie faiblesse

Chiffrement : Claude casse HAWK et fissure une version réduite d’AES, mais pas de panique

Illustration : Flock

L’équipe Frontier Red Team d’Anthropic a publié un billet dans lequel elle décrit ses trouvailles sur deux algorithmes dédiés à la cybersécurité : HAWK et AES. Si les découvertes sont avérées, les conséquences ne sont pas aussi dramatiques qu’on peut le lire ça et là. Elles ne sont pas inexistantes pour autant.

Vincent Hermann

Le 28 juillet 2026, Anthropic a publié un billet de recherche consacré à la « découverte de faiblesses cryptographiques avec Claude ». Il décrit les trouvailles réalisées avec une préversion interne de Mythos qui n’est pas encore accessible au public.

Les découvertes concernent deux algorithmes de sécurité. D’abord HAWK, un schéma de signature numérique conçu pour résister aux ordinateurs quantiques. Ensuite AES, ou plus exactement une version réduite d’AES, utilisée en général en recherche pour mieux étudier la robustesse de cet algorithme.

Dans son billet, Anthropic affirme qu’aucune de ces découvertes n’a d’incidence sur l’informatique actuelle. Certes, mais elles ont tout de même quelques conséquences, même si elles sont loin de l’apocalypse décrite par certains.

Le vol court du faucon post-quantique

Le schéma de signature HAWK était jusqu’il y a peu l’un des candidats d’un appel lancé par le NIST américain pour des algorithmes post-quantiques. Le but était de sélectionner des algorithmes pour compléter les quatre lauréats de 2022.

HAWK avait passé deux tours d’examen par des experts humains, sur une période de deux ans. Ce n’est pas la première fois qu’un bon candidat postquantique est cassé. On se souvient de SIKE qui peut être cassé en une heure seulement sur un PC classique, ou du finaliste Rainbow dont une attaque peut trouver la clé secrète après 53 heures en moyenne.

Comme toujours dans ce type de processus, les chercheurs essayent de prendre l’algorithme en défaut en l’amenant à un défaut de comportement, par exemple en le rendant prévisible. Dans le cas présent, Mythos s’est inspiré de la meilleure attaque connue contre HAWK et l’a « simplement » améliorée en une soixantaine d’heures de travail, réduisant de moitié la résistance effective de l’algorithme en taille de clé.

Les détails techniques de l’attaque sont complexes. La sécurité d’HAWK repose sur la difficulté du problème d’isomorphisme de réseaux euclidien modulaire (module Lattice Isomorphism Problem). Mythos a fini par y découvrir une symétrie géométrique.

L’exploitation de cet automorphisme a permis de réduire la recherche de la clé privée à un problème de vecteur court dans un réseau dont la dimension est divisée par deux. Plus concrètement, sur la variante de défi HAWK-256, la complexité du recouvrement de la clé est passée de 2⁶⁴ à 2³⁸ opérations. L’attaque s’est traduite par une extraction effective de la clé secrète en 3 heures et 42 minutes sur un serveur standard de 96 cœurs.

Cette réduction de moitié de la sécurité effective d’HAWK détruit l’intérêt pratique du schéma. Pour restaurer un niveau de protection acceptable, les concepteurs auraient dû doubler la taille des clés et des signatures, ce qui aurait cassé la légèreté (relative) de calcul qui constituait le principal atout de cet algorithme.

Les conséquences pour HAWK sont très concrètes : l’équipe de conception a officiellement retiré l’algorithme du processus de sélection du NIST ce 29 juillet, le schéma ayant a priori été rendu caduc par la découverte de Mythos Preview.

Pour rappel, avec des algorithmes symétriques de type AES, il faut doubler la taille des clés pour les rendre résistants aux ordinateurs quantiques. HAWK est asymétrique (algo de signature avec des clés privée et publique), mais la coïncidence est troublante (bien que sans rapport évidemment).

Que se passe-t-il vraiment avec AES ?

L’autre grand sujet du billet d’Anthropic, c’est l’algorithme de chiffrement AES. Cette fois, il n’est pas question d’une technologie en approche, mais d’un système cryptographique standardisé et très largement utilisé dans le monde, notamment pour protéger les échanges bancaires et dans le protocole TLS. Les processeurs Intel et AMD ont par exemple depuis longtemps des instructions dédiées pour accélérer le traitement des opérations liées.

Pour vérifier continuellement la robustesse d’AES, des versions volontairement affaiblies de l’algorithme. Mythos a justement trouvé un moyen de casser une telle version, en éliminant une des suppositions que l’attaquant doit faire, ce qui améliore la vitesse des meilleures attaques précédentes d’un facteur 200 à 800.

Dans les grandes lignes, il s’agit d’une avancée théorique, car elle concerne exclusivement une version modifiée et simplifiée d’AES-128, restreinte à 7 tours de transformation au lieu des 10 exigés par la norme officielle.

L’innovation mise au point par l’IA réside dans une technique d’empreinte invariante appelée le « Pont de Möbius » (Möbius Bridge), intégrée dans une attaque par rencontre au milieu (meet-in-the-middle). Cette approche élimine une étape de recherche exhaustive nécessitant auparavant 256 itérations, ce qui accélère l’exécution globale d’un facteur de 200 à 800 (tout de même) par rapport aux travaux de référence publiés en 2013.

Anthropic insiste : cette vulnérabilité reste strictement confinée au domaine académique et s’avère inexploitable dans un cadre opérationnel. Elle serait déjà très difficile à mener contre la version affaiblie d’AES, mais les trois tours supplémentaires de transformation dans la norme officielle la rendent encore plus hors de portée.

Dans la version 3.0 de ses règles et recommandations concernant le choix et le dimensionnement des mécanismes cryptographiques, l’ANSSI rappelle que la taille minimale des clés symétriques est de 128 bits, mais qu’il est recommandé de passer à 192 bits « lorsqu’une sécurité post-quantique est visée ».

Contrairement à HAWK, « l’emploi de clés d’au moins 192 bits n’induit généralement qu’une faible
dégradation des performances, comme l’illustre le faible surcoût d’AES-192 par rapport à AES-128
 ». Pour les plus inquiets, il y a aussi le 256 bits et plus si affinité.

Des travaux qui invitent à la réflexion

La publication d’Anthropic n’a donc aucun impact sur les systèmes utilisés aujourd’hui. HAWK n’était pas en service et AES va très bien. Cependant, les éléments à considérer sont nombreux, même au-delà du retrait d’HAWK, qui constitue quand même la perte d’un algorithme post-quantique potentiel. Anthropic insiste d’ailleurs : la découverte n’affecte en rien les autres candidats.

Mais si les LLM montrent toute leur efficacité dans le cas présent, ces opérations restent lourdes. Dans son billet, Anthropic indique que la découverte sur le schéma HAWK a nécessité environ 60 heures de calcul autonome pour un coût API évalué à 100 000 dollars. En clair, si une organisation s’était lancée dans ces opérations en passant par les outils commerciaux d’Anthropic, la facture aurait été salée.

Selon Anthropic – qui adore ce genre de storytelling –, le modèle utilisé (toujours cette fameuse préversion interne de Mythos) a refusé initialement d’exécuter les tâches demandées sur la version réduite AES. Réponse courte : le LLM affirmait qu’aucune amélioration n’était réalisable sur un algorithme aussi éprouvé. Après une révision des consignes d’incitation par l’équipe de recherche (Anthropic parle « d’échafaudage »), le modèle a fini par réécrire son propre cadre d’exécution, générant environ un milliard de jetons en sortie sur plusieurs jours pour concevoir une nouvelle méthode d’attaque. Là encore, l’opération aurait coûté 100 000 dollars dans des conditions classiques.

En outre, puisque les découvertes ont fait l’objet d’articles de recherche, ces résultats n’ont pas été publiés dès leur obtention en sortie du LLM. Selon Anthropic, les éléments ainsi récupérés par deux chercheurs et examinés pendant un mois. Cette vérification formelle devait permettre de contrôler la « rigidité mathématique » des démonstrations et de tester le code généré par l’agent IA avant la divulgation publique. Il s’agissait autant d’éliminer les hallucinations potentielles que de vérifier chaque équation, transformation algébrique ou réduction de complexité proposée par le modèle.

Le goulot d’étranglement continue de se déplacer

En outre, même si ces découvertes n’ont pas d’impact concret sur l’informatique actuelle (au sens large), la communauté de la cybersécurité est déjà sous pression : les LLM découvrent tellement de failles que les processus humains habituels (triage, vérification, remédiation) peinent à suivre le rythme. Il n’y a qu’à voir l’envolée du nombre de corrections dans des produits comme Firefox, Windows ou les systèmes Apple.

La publication d’Anthropic confirme le déplacement du goulot d’étranglement : le problème n’est plus la capacité à trouver des failles, mais la capacité humaine à valider les résultats produits de façon autonome. Pour preuve, le travail nécessaire autour d’AES : environ une semaine pour conceptualiser l’idée, un mois par deux chercheurs pour vérifier l’approche. Rien ne dit en revanche qu’un chercheur humain n’aurait pas pu aboutir exactement aux mêmes conclusions… L’humain peut être très persévérant.

Enfin, cet épisode n’est pas isolé, Anthropic ayant rapidement abordé des découvertes sur d’autres algorithmes. L’entreprise parle pour l’instant « d’expériences préliminaires », mais le message est clair : d’autres publications suivront.

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