Yaoundé mise sur un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour combler un important déficit dans son budget 2027. Dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, présenté au Parlement, le gouvernement camerounais anticipe un financement de 300 milliards de francs CFA grâce à un nouveau programme avec l’institution financière. Ce montant représente près de 9,5 % des besoins totaux estimés à 3 161,5 milliards de francs CFA pour l’exercice.
Cette dépendance au FMI n’est pas anodine. Le précédent programme, signé en 2021 et prolongé d’un an, a pris fin en juillet 2025. Depuis, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, insiste publiquement sur la nécessité d’un nouvel accord, une position réaffirmée lors du Conseil de cabinet du 30 octobre 2025. Bien que la présidence de la République doive valider l’ouverture officielle des négociations, l’intégration de cette hypothèse dans le cadre triennal confirme que Yaoundé la considère déjà comme une solution prioritaire.
Un déficit public couvert à près de 30 % par le FMI
Le déficit budgétaire du Cameroun devrait atteindre 1 018 milliards de francs CFA en 2027, contre 808,5 milliards prévus en 2026. Sans l’apport du FMI, ce déficit serait bien plus difficile à résorber. À cela s’ajoutent 2 143,5 milliards de francs CFA de charges de financement et de trésorerie, incluant notamment le remboursement de la dette (1 602,5 milliards) et l’apurement d’arriérés. Pour financer cet ensemble, l’État table sur 866,7 milliards via des prêts-projets, 400 milliards d’émissions de titres publics, 250 milliards de financement bancaire direct et 131,5 milliards issus des réserves à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Un emprunt extérieur supplémentaire de 1 000 milliards de francs CFA est également envisagé pour 2027, après une opération similaire programmée en 2026. Les autorités camerounaises qualifient l’absence d’accord avec le FMI de « risque majeur » pour la santé des finances publiques sur le moyen terme. En cas de non-renouvellement du programme, le Trésor devrait compenser le manque à gagner par un endettement accru, une mobilisation plus intensive des ressources locales ou des réductions budgétaires — des solutions rendues complexes par la hausse des coûts d’emprunt et la relative modestie du marché financier domestique de la Cemac.
Un effet domino sur les partenaires financiers
Au-delà des fonds directement issus du FMI, un accord avec l’institution de Washington sert souvent de déclencheur pour d’autres bailleurs. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne et les partenaires bilatéraux conditionnent fréquemment leurs aides à la mise en œuvre de réformes et au respect d’objectifs économiques définis dans le cadre des programmes du FMI.
Entre 2017 et 2025, les deux programmes consécutifs avec le FMI ont permis au Cameroun de mobiliser environ 2 600 milliards de francs CFA sous forme d’appuis budgétaires, en cumulant les tirages directs et les contributions associées d’autres institutions. Selon Louis Paul Motazé, « ces ressources seraient compromises sans un nouvel accord avec le FMI ». Parallèlement, Yaoundé mise sur l’élargissement de l’assiette fiscale non pétrolière, la modernisation des services de collecte et la rationalisation des dépenses courantes pour dégager des marges de manœuvre en faveur de l’investissement public.
Une validation régionale indispensable
La stratégie camerounaise dépend également des orientations prises au niveau de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Dans cette zone monétaire, les programmes nationaux soutenus par le FMI exigent des garanties collectives portant sur la politique monétaire, la reconstitution des réserves de change et la cohérence des trajectoires budgétaires des six États membres.
La revue des politiques communes de la Cemac, initialement prévue en décembre 2025, a été reportée en raison d’un alignement insuffisant des politiques budgétaires nationales avec la stratégie régionale et de l’absence d’accords définitifs sur les mesures d’accompagnement des réformes. Cette approbation préalable, bien que nécessaire, ne garantit pas à elle seule un feu vert pour un accord bilatéral entre le Cameroun et le FMI.
Le calendrier reste donc un enjeu crucial. En intégrant dès maintenant 300 milliards de francs CFA d’appuis conditionnels dans son plan de financement 2027, l’exécutif camerounais mise sur la crédibilité de sa trajectoire budgétaire. Un retard dans les négociations forcerait le pays à recourir davantage à l’endettement commercial ou à réduire ses dépenses, au risque de freiner ses ambitions d’investissement public.
Plus d'histoires
Burkina Faso : Ouagadougou justifie sa stratégie de communication face aux accusations de RSF
Paul biya de retour bientôt : le gouvernement camerounais lève le voile
Accord historique entre le Sénégal et la gambie sur leur frontière commune