Le Burkina Faso traverse une période charnière, marquée par une centralisation accrue du pouvoir depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré à la tête de l’État. Si les discours officiels mettent en avant la souveraineté et une refonte stratégique du pays, la situation économique réelle, notamment celle des commerçants, révèle une tout autre réalité. Entre promesses de renouveau et mesures coercitives, le secteur marchand, en particulier celui des deux-roues, subit un étau réglementaire sans précédent.
Des décisions autoritaires qui étouffent un secteur vital
Dans un contexte où la mobilité et les échanges reposent largement sur les cyclomoteurs, les nouvelles directives du ministère du Commerce s’apparentent à un coup de massue. En encadrant de manière drastique les prix, les conditions de vente et la circulation des engins motorisés, les autorités fragilisent un pan entier de l’économie déjà mis à mal par les contraintes du marché mondial.
À Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, l’inquiétude grandit parmi les acteurs du commerce de détail. Les professionnels du secteur, autrefois habitués à des échanges constructifs avec les institutions, se retrouvent confrontés à une logique d’imposition verticale :
« Avant, des discussions avaient lieu pour ajuster les règles. Désormais, les décisions tombent sans consultation préalable. Contester une mesure revient à être taxé de traître à la nation », confie un importateur de premier plan, sous couvert d’anonymat.
Une centralisation qui paralyse l’activité économique
Depuis le changement de régime, les opérateurs économiques burkinabè décrivent un environnement où la marge de manœuvre s’amenuise chaque jour. Cette concentration excessive du pouvoir décisionnel engendre une instabilité chronique pour les entreprises, prises en étau entre les coûts d’importation en hausse et les prix de vente imposés par l’État.
Les conséquences se font déjà sentir de manière concrète :
- Des marges écrasées : Les petits revendeurs, incapables de respecter les tarifs fixés, voient leurs bénéfices s’effondrer.
- Des ruptures d’approvisionnement : Certains importateurs, confrontés à des marges non rentables, réduisent ou suspendent leurs commandes, créant des pénuries artificielles.
- Une insécurité juridique renforcée : Les restrictions de circulation, officiellement justifiées par des impératifs sécuritaires, perturbent la logistique des marchandises à travers le pays.
L’économie en sursis : entre silence imposé et réalités cruelles
Dans un climat où la peur des représailles étouffe toute contestation ouverte, les acteurs économiques burkinabè expriment leurs inquiétudes en privé. Pourtant, les faits sont têtus : une économie ne se redresse pas par de simples décrets, aussi ambitieux soient-ils.
En cherchant à contrôler l’ensemble de la chaîne, de l’importation à l’usage quotidien des citoyens, le régime actuel prend le risque de briser l’équilibre précaire qui maintient le pays à flot. Pour les commerçants de deux-roues, la souveraineté économique tant célébrée se transforme en un dirigisme étouffant, où l’initiative individuelle disparaît au profit d’une logique administrative implacable.
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