Malian tankers trucks drives at the entrance of Boundiali, northern Ivory Coast, on October 30, 2025 on the way to Yamoussoukro and Abidjan to load oil. In northern Ivory Coast, truck drivers prepare to head back to neighbouring Mali, aboard their tanker trucks loaded with fuel and anxiety. One acronym strikes fear into the hearts of all the truck drivers: JNIM, the name of the jihadist group affiliated with Al-Qaeda that decreed two months ago that no more tanker trucks would be allowed to enter Mali from a neighboring country. Since then, hundreds of trucks have been set ablaze, selling fuel from Abidjan or Dakar, and are part of JNIM’s economic jihad strategy, which aims, among other things, to strangle Bamako and the ruling military junta. In 2023, more than half of the petroleum products exported by Côte d’Ivoire were destined for Mali. Malian trucks load up in Yamoussoukro or Abidjan before crossing one of two corridors into the country: the Tengréla corridor or the Pogo corridor, where military escorts take over on the Malian side, all the way to Bamako. An escort can consist of several hundred tankers. But even under escort, convoys are frequently targeted. The most dangerous areas in southern Mali are the Kadiana-Kolondiéba and Loulouni-Sikasso axes. (Photo by Issouf SANOGO / AFP)
Blocus du JNIM: le commerce ouest-africain sous tension
Les récentes attaques au Mali paralysent les axes routiers vitaux entre les pays côtiers et sahéliens

Le 25 avril, le Mali a été secoué par une vague d’attaques coordonnées, menées par le groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces offensives ont visé des villes clés comme Kati, Mopti, Sévaré, Gao et la capitale Bamako, causant de lourdes pertes humaines et l’assassinat du ministre de la Défense, Sadio Camara.
Face à cette menace, les autorités maliennes ont lancé une contre-offensive pour déloger les insurgés de leurs positions. Le procureur militaire de Bamako a également annoncé l’arrestation de plusieurs suspects, parmi lesquels des civils, des militaires en activité et d’anciens soldats radiés de l’armée.
Cinq jours après le début des attaques, le JNIM a imposé un blocus de la capitale, en particulier sur les axes routiers situés à l’ouest du pays. La route reliant Kita à Bamako a été complètement coupée, piégeant des centaines de personnes et perturbant gravement l’approvisionnement en nourriture et en eau.
Ce siège a également des conséquences désastreuses sur les échanges commerciaux. Le trafic sur l’axe Kayes-Bamako est totalement interrompu, tandis que le blocus s’étend désormais à l’axe Conakry-Bamako, jusqu’ici considéré comme relativement sûr.
Le Mali et les pays côtiers voisins |
Depuis septembre 2025, le JNIM mène une stratégie ciblant les convois de carburant sur des routes stratégiques à l’ouest et au sud du Mali. Ces attaques fragilisent le commerce régional, et si elles continuent de s’étendre, elles pourraient affecter toute l’économie ouest-africaine.
Les pays d’Afrique de l’Ouest sont étroitement dépendants de leurs échanges. Les ports des États côtiers constituent les principales portes d’entrée et de sortie pour le Sahel central. Les corridors routiers qui relient ces ports aux capitales sahéliennes agissent comme des artères vitales, mais la plupart traversent des zones d’opération du JNIM.
Le corridor Dakar-Bamako est un axe stratégique pour le Sénégal et le Mali, et il apparaît aujourd’hui comme le plus touché par l’insécurité dans l’ouest du Mali.
En 2024, le Mali était le premier client du Sénégal, absorbant 26,5 % des exportations sénégalaises, soit environ 802,8 milliards de FCFA (1,42 milliard de dollars). Durant les neuf premiers mois de 2025, les exportations sénégalaises vers le Mali s’élevaient à 662 milliards de FCFA (1,17 milliard de dollars).
Selon les données de la Direction de la prévision et des études économiques du Sénégal (2025), les attaques du JNIM ont considérablement réduit les échanges bilatéraux par rapport à 2024. Entre septembre et novembre 2025, le port de Dakar a enregistré un blocage quotidien d’environ 120 conteneurs destinés au Mali, soit une perte mensuelle estimée à 15 milliards de FCFA (26,54 millions de dollars) pour le Sénégal. Fin novembre 2025, plus de 2 000 conteneurs étaient immobilisés à Dakar. En février 2026, environ 4 000 conteneurs vides étaient bloqués à Bamako, les chauffeurs routiers hésitant à prendre la route dangereuse du retour vers Dakar.
Cette situation limite sévèrement l’approvisionnement du Mali en produits pétroliers, raffinés, ciment hydraulique et denrées alimentaires. Elle menace aussi les moyens de subsistance de milliers de chauffeurs, commerçants et transitaires. D’autres corridors, notamment ceux reliant les ports de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin au Sahel, pourraient subir des risques similaires.
En 2025, le Mali est resté le premier client de la Côte d’Ivoire au sein de l’UEMOA. Le corridor Abidjan-Bamako est vital pour l’approvisionnement en produits pétroliers et alimentaires. Fin 2025, environ 1,47 million de tonnes de marchandises avaient transité par cet axe, désormais ciblé par des attaques du JNIM dans la région de Sikasso.
La Côte d’Ivoire est aussi le premier fournisseur africain du Burkina Faso, notamment en produits pétroliers, électricité et engrais. Les importations du Burkina Faso proviennent ou transitent par la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. Le 14 février dernier, sept commerçants de tomates ghanéens ont été tués lors d’une attaque du JNIM à Titao, dans le nord du Burkina Faso, illustrant les risques sécuritaires sur l’axe routier reliant les deux pays. Pour l’instant, c’est le territoire malien qui concentre la menace terroriste. Les autorités ont pris des mesures : depuis novembre dernier, les convois de carburant sont escortés militairement, permettant l’entrée de 200 à 300 camions-citernes par semaine, contre près de 1 200 avant les attaques.
Le gouvernement malien a signé un protocole d’accord avec les groupements pétroliers pour simplifier les procédures douanières. Un rationnement du carburant a été instauré pour lutter contre le marché noir. Les autorités cherchent aussi à réduire la pression sur les ports de Dakar et d’Abidjan en redirigeant une partie des flux vers d’autres infrastructures.
Les attaques du 25 avril montrent les limites de la réponse militaire privilégiée par Bamako. Alors que le JNIM et le FLA ont réussi à s’allier pour ces offensives majeures, les États sahéliens et côtiers peinent à former des alliances.
Les conséquences régionales du blocus imposé par le JNIM soulignent l’urgence d’une protection conjointe des corridors commerciaux transfrontaliers. Les gouvernements et organisations régionales comme la CEDEAO, l’Alliance des États du Sahel (AES), le Conseil de l’Entente, l’Union du fleuve Mano et l’UEMOA doivent empêcher l’expansion de ce phénomène vers d’autres axes.
La lutte contre le terrorisme pourrait devenir le moteur d’une relance indispensable de la coopération régionale entre les États sahéliens et côtiers d’Afrique de l’Ouest.
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