11 juin 2026

Burkina Voix

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Ashoka Buildcon se positionne sur le contournement de Yaoundé

Le projet de voie de contournement de Yaoundé, une infrastructure routière majeure au Cameroun, attire désormais l’attention d’un nouvel acteur. Le groupe indien Ashoka Buildcon Limited a officiellement soumis une offre pour ce dossier, dont le coût dépasse 1 260 milliards de FCFA hors taxes. La proposition, présentée le 9 juin au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, combine conception, exécution et montage financier.

Lors de la réunion, Vinit Chitale, responsable du développement commercial pour les marchés mondiaux du groupe, a exposé un schéma basé sur le modèle EPC (Engineering, Procurement and Construction). Dans ce cadre, un contractant unique gère l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction et la livraison de l’ouvrage. L’entreprise indienne se dit également prête à aider à mobiliser les ressources financières, un point crucial alors que le financement n’est pas encore bouclé.

Une rocade de 90 kilomètres pour désengorger la capitale

Conçue sur 90,54 kilomètres en 2 × 2 voies, la voie de contournement de Yaoundé traversera les départements du Mfoundi, de la Lékié, de la Mefou-et-Afamba et de la Mefou-et-Akono. Le profil large retenu doit permettre à terme d’accueillir une voie express ou un système de transport collectif en site propre. Le tracé se divise en quatre sections, de Mbankomo à Nkolméyang, puis vers Nkozoa, Minkoameyos et le retour à Mbankomo.

L’infrastructure comprendra seize échangeurs, plusieurs ouvrages d’art et des aménagements hydrauliques pour sécuriser le linéaire. Selon les dernières estimations du ministère, la partie strictement routière coûterait 794,7 milliards de FCFA hors taxes. À cela s’ajoute la viabilisation de quatre pôles de développement urbain, dans les communes de Mbankomo, Mfou, Soa et Okola, pour 469 milliards supplémentaires. Le coût total atteint donc 1 263,7 milliards de FCFA hors taxes.

Ramenés au kilomètre, ces montants reflètent l’ampleur de l’effort financier. L’infrastructure routière seule revient à près de 8,8 milliards de FCFA par kilomètre. En intégrant les pôles urbains, le coût grimpe à environ 14 milliards par kilomètre, un ratio qui place le projet parmi les plus capitalistiques jamais lancés dans la région.

Le tronçon T3, priorité technique pour les bailleurs européens

Ne pouvant engager simultanément les quatre sections, le gouvernement camerounais a fait du tronçon T3 la priorité opérationnelle. Long de 22,8 kilomètres, il relie Nkozoa, sur la route nationale n°1, à Minkoameyos, au débouché de l’autoroute Yaoundé-Douala. Cette section est jugée stratégique car elle capterait une partie importante du trafic de transit avant son entrée dans la capitale, allégeant la pression sur les voiries centrales.

L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont déjà montré un intérêt marqué pour ce tronçon. Leur participation reste néanmoins conditionnée par plusieurs prérequis techniques, environnementaux et sociaux, notamment les indemnisations, les études d’impact et la finalisation du Plan d’action de réinstallation. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’offre d’Ashoka Buildcon, qui pourrait élargir l’éventail des solutions disponibles pour Yaoundé.

Plusieurs zones d’incertitude persistent. La nature juridique exacte du contrat envisagé, les conditions financières, les garanties éventuellement demandées à l’État camerounais et l’articulation de la proposition indienne avec les bailleurs européens déjà mobilisés sur le T3 ne sont pas encore tranchées. Un schéma combinant financement concessionnel européen et apport indien sur les autres sections reste à explorer.

Ashoka Buildcon, un acteur routier indien diversifié

Ashoka Buildcon Limited est l’un des principaux développeurs indiens d’infrastructures routières. Le groupe intervient en EPC, mais aussi en partenariat public-privé, en BOT (Build-Operate-Transfer) et via le Hybrid Annuity Model, un mécanisme prisé en Inde où l’État prend en charge une partie de l’investissement et l’opérateur supporte le solde contre annuités. La société est également active dans l’énergie, le ferroviaire et le bâtiment.

Pour les autorités camerounaises, l’intérêt d’un tel interlocuteur réside dans sa capacité à assembler ingénierie, exécution et structuration financière au sein d’une même offre. Aucun élément ne permet toutefois de présager d’une attribution. La démarche s’apparente, à ce stade, à une manifestation d’intérêt pour un projet dont la maturité technique contraste avec le retard persistant du bouclage financier. La transformation de ce dossier, mûri depuis des années, en chantier effectif demeure l’épreuve de vérité pour Yaoundé.