15 juin 2026

Burkina Voix

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Tchad : 20,5 milliards de dollars privés, le pari réussi de N’Djamena

Alors que les financements internationaux se fragmentent et que l’aide publique au développement recule, le Tchad réalise une performance remarquable. Son Plan national de développement (PND) vise un financement total de 30 milliards de dollars, dont 46 % proviendraient du secteur privé. En novembre 2025, le pays avait déjà obtenu des engagements de financement d’une valeur de 20,5 milliards de dollars, issus d’investissements privés et internationaux (16,4 milliards de dollars), auxquels s’ajoutent 40 accords et protocoles d’accord pour 4,1 milliards de dollars. Pour un État classé 190e sur 193 à l’Indice de développement humain 2025, cette capacité de mobilisation est un modèle à étudier.

Une stratégie de diversification des partenaires

La clé de ce succès réside dans une diversification méthodique des partenaires, rare dans la zone CEMAC. Une initiative diplomatique a renforcé les liens avec les Émirats arabes unis et la Banque islamique de développement, ouvrant ainsi un canal de financement islamique quasi absent ailleurs. Parallèlement, N’Djamena a consolidé son soutien multilatéral traditionnel (FMI, Banque mondiale, Banque islamique de développement) tout en développant des partenariats Sud-Sud avec le Moyen-Orient. Cette triangulation entre financements occidentaux, islamiques et Sud-Sud constitue une architecture inédite en Afrique centrale.

La crédibilité budgétaire comme atout

La rigueur budgétaire a également joué un rôle déterminant. Malgré les dépenses liées à l’accueil de plus de 1,5 million de réfugiés soudanais, le déficit budgétaire est resté sous le seuil de 3 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale en 2025. La dette publique, maintenue à 32 % du PIB, est l’une des plus faibles de la zone. Cette discipline, associée à des réformes d’élargissement de l’assiette fiscale et à la numérisation du recouvrement des impôts, a envoyé aux investisseurs un signal de fiabilité.

Un enseignement pour l’Afrique centrale

Pour les partenaires de développement, les institutions financières islamiques et les investisseurs cherchant à s’implanter en Afrique centrale, l’expérience tchadienne montre qu’une mobilisation massive de capitaux privés n’exige pas un marché financier développé ni un revenu par habitant élevé. Le Tchad entend désormais concentrer ses efforts sur l’attraction de capitaux privés sous forme de fonds propres et le renforcement de son cadre réglementaire. Pour N’Djamena, cette levée de 20,5 milliards de dollars marque le début d’une transformation économique suivie de près par les institutions internationales.