La Sonamines, entreprise publique camerounaise, durcit le ton envers les exploitants aurifères du pays. Lors d’une inspection approfondie dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est — principaux bastions de l’orpaillage artisanal et semi-industriel — le directeur général, Serge Hervé Boyogueno, a dressé un bilan accablant. Plusieurs sociétés peinent à respecter leurs quotas de production, tandis que d’autres affichent une insolvabilité critique. Parallèlement, les manquements environnementaux et l’absence de transparence dans les échanges commerciaux menacent directement la maîtrise de l’État sur cette filière stratégique.
Un audit de terrain qui expose les failles du secteur aurifère
Les deux régions inspectées concentrent près de 80 % de l’activité minière aurifère du Cameroun, portée par des entreprises semi-mécanisées et une multitude d’artisans. L’objectif de cette mission ? Vérifier la conformité des opérateurs avec leurs obligations légales et contractuelles. Les résultats, présentés par le DG de la Sonamines, révèlent un écart criant entre les promesses formulées lors de l’attribution des permis et la réalité des sites d’exploitation.
Un nombre non négligeable d’exploitants ne respectent pas les volumes de production prévus dans leurs cahiers des charges. À cela s’ajoutent des cas d’insolvabilité avérée envers les administrations fiscales et sociales. Sur ce point, la Sonamines se limite à constater les manquements et transmet les dossiers aux autorités compétentes, en l’occurrence le ministère des Mines, seul habilité à prononcer des sanctions comme la suspension ou l’annulation des permis.
Trois défis majeurs : finances, environnement et traçabilité
Les lacunes ne se limitent pas à la production. Les contrôles ont également mis en évidence des défauts environnementaux majeurs : absence de remise en état des sites, gestion hasardeuse des eaux contaminées au mercure ou au cyanure, et absence de sécurisation des zones d’extraction. Ces négligences exposent les populations locales à des risques sanitaires graves et compromettent la pérennité d’une activité qui représente un pilier économique local dans l’Est et l’Adamaoua.
Le deuxième enjeu concerne la commercialisation. Une partie importante de l’or extrait transite par des circuits parallèles, échappant ainsi au contrôle de l’État. Ces pratiques favorisent la contrebande et privent le budget national de revenus essentiels, tout en empêchant toute traçabilité du métal précieux. Une situation dénoncée depuis des années, qui contredit l’ambition affichée d’une souveraineté minière renforcée. Face à ce constat, la Sonamines envisage de renforcer les obligations déclaratives et de multiplier les points de collecte agréés.
L’or camerounais au service d’une réserve stratégique nationale
Le projet phare porté par la Sonamines reste la création d’un stock stratégique d’or. Inspirée des stratégies adoptées par plusieurs banques centrales africaines, cette initiative vise à constituer une réserve métallique capable de soutenir la politique monétaire du Cameroun et de servir de bouclier en cas de crise économique. Une démarche alignée sur les objectifs de pays voisins soucieux de valoriser davantage leurs ressources minières.
Pour concrétiser ce projet, la Sonamines devra d’abord enregistrer une part significative de la production nationale dans ses registres. Cela implique de restructurer le secteur en sanctionnant les opérateurs défaillants, en proposant des tarifs attractifs face aux acheteurs informels, et en collaborant étroitement avec les forces de l’ordre et la douane pour verrouiller les frontières. Les décisions attendues du ministère des Mines sur le sort des sociétés non conformes seront déterminantes pour la suite.
La mise en œuvre de cette réforme minière s’annonce complexe. Elle doit concilier rigueur contractuelle, préservation des emplois informels générés par le secteur, et volonté d’intégrer l’or dans une logique de souveraineté financière. Bien que le calendrier exact des mesures ministérielles n’ait pas été dévoilé, les conclusions de l’audit mené par la Sonamines serviront de base aux prochaines directives. Selon les dernières annonces, d’autres inspections sont prévues dans d’autres zones minières du pays.
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