Au Bénin, les chefferies traditionnelles occupent une place centrale dans le paysage socioculturel. Ces institutions, reconnues par l’État, incarnent la mémoire collective et les valeurs ancestrales des communautés locales. Elles jouent un rôle clé dans la préservation de l’identité nationale, tout en servant de médiateurs dans les conflits interpersonnels et communautaires.
Pour officialiser leur statut et encadrer leurs missions, le gouvernement béninois a adopté en avril 2025 une loi spécifique. Ce texte juridique, qui structure les chefferies en deux catégories principales — 16 royaumes et 90 chefferies —, leur accorde une légitimité légale. Il met également en avant leur contribution essentielle au développement économique, à la cohésion sociale et à la protection des patrimoines culturels. Cette réforme marque une étape importante dans la reconnaissance institutionnelle de ces autorités traditionnelles.
Cependant, leur influence s’étend au-delà des sphères culturelles et sociales. Certains chefs traditionnels sont régulièrement sollicités par les formations politiques, notamment lors des périodes électorales. Ces pratiques, parfois controversées, ont conduit à des dérives où des avantages matériels ou financiers étaient échangés contre un soutien politique. Face à ces abus, les autorités béninoises ont adopté une mesure claire : l’interdiction pour les rois et chefs coutumiers de s’engager dans des activités partisanes.
Dans ce contexte, il devient pertinent d’analyser la perception des citoyens béninois vis-à-vis de ces figures traditionnelles. Leurs rôles dans la gouvernance locale, leur crédibilité et leur capacité à inspirer confiance sont désormais au cœur des débats publics. Les données récentes révèlent des tendances contrastées : si une majorité de Béninois reconnaissent leur utilité et leur influence, des interrogations persistent quant à leur intégrité.
D’après les dernières enquêtes, près d’un quart des citoyens ont eu recours aux services d’un chef traditionnel au cours de l’année écoulée. Une large majorité des répondants leur accordent leur confiance et considèrent qu’ils jouent un rôle positif dans l’administration locale. Les Béninois souhaitent même renforcer leur implication dans la gestion des affaires publiques.
Pourtant, cette confiance n’est pas absolue. Près de 75 % des personnes interrogées estiment que certains chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption. Cette perception, en augmentation depuis 2022, a contribué à éroder la confiance globale envers ces autorités. Malgré leur popularité, une majorité écrasante de citoyens estiment qu’il est préférable qu’ils restent en dehors de la politique partisane. Selon eux, les électeurs doivent pouvoir exercer leur droit de vote en toute liberté, sans influence extérieure.
Plus d'histoires
Vbg : une cartographie pour mieux orienter les victimes à N’Djamena
Cherté de la vie au Tchad : un sociologue plaide pour un suivi rigoureux des prix
Affaire d’adultère à N’Djamena : un militaire porte plainte contre son épouse