25 août 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

Cherté de la vie au Tchad : un sociologue plaide pour un suivi rigoureux des prix

En plein cœur du Sahel, le Tchad fait face à une crise alimentaire et économique sans précédent. 2 000 francs CFA par jour, c’est le seuil de survie auquel tant de familles sont réduites. Pour un foyer de cinq à six personnes, cela équivaut à peine à 375 francs CFA par individu, un montant dérisoire qui transforme radicalement l’alimentation quotidienne.

Quand la précarité redéfinit nos assiettes

Dans les foyers tchadiens, la survie prime sur l’équilibre nutritionnel. Les protéines disparaissent les premières des assiettes, suivies des légumes frais. Les familles se rabattent sur des aliments basiques, parfois de qualité douteuse, dans l’unique but de subsister. Les conséquences sont immédiates : les enfants grandissent avec des carences graves, tandis que l’accès à une alimentation variée devient un luxe inaccessible.

Le sociologue Remadji Ngaba résume la situation avec une franchise brutale : « Aujourd’hui, le panier de la ménagère tchadienne est vide. » Face à cette réalité, les Tchadiens ont développé une résilience à toute épreuve. Sans cette force mentale, la situation serait tout simplement insoutenable.

Les femmes, premières victimes de la cherté de la vie

Dans cette équation douloureuse, la femme tchadienne porte le poids le plus lourd. En tant que gestionnaire principale du foyer, elle subit de plein fouet les conséquences de l’inflation. Chaque retour du marché est une épreuve : les prix flambent, les denrées se raréfient, et les lamentations deviennent une routine. Les hommes, souvent absents des discussions sur le budget familial, réalisent trop tard l’ampleur du sacrifice quotidien imposé à leurs épouses.

Les autorités, elles, semblent impuissantes. Les mesures de contrôle des prix, lorsqu’elles sont mises en place, restent éphémères. « Après un temps, tout revient à la normale. Rien ne change vraiment », constate amèrement le sociologue.

Un pays riche en potentiel, mais en proie à la faim

Avec ses 33 millions d’hectares de terres arables, le Tchad possède un potentiel agricole colossal. Pourtant, le pays peine à nourrir sa population. La vie chère frappe indistinctement les zones urbaines et rurales, bien que ses effets y soient différents.

En ville, chaque achat est un défi : les loyers explosent (une chambre correcte à N’Djamena coûte entre 20 000 et 25 000 francs CFA), l’électricité et les charges grignotent les salaires, tandis que le SMIG, figé à 60 000 francs CFA depuis 2011, n’a pas suivi l’inflation. Dans les campagnes, les paysans et éleveurs subissent des pressions permanentes : destruction des récoltes par le bétail, conflits récurrents avec les agriculteurs, absence de justice. Beaucoup abandonnent leurs terres, poussés vers des centres urbains déjà saturés.

Remadji Ngaba rappelle une évidence : « On ne peut pas tous vivre à N’Djamena. Ce n’est pas une solution viable, encore moins en termes de sécurité. »

Conflits et exode rural : les racines de la crise

Les tensions entre agriculteurs et éleveurs aggravent la situation. Ces conflits bloquent la production locale, privant les marchés urbains de denrées à prix abordables. Pour le sociologue, la solution est claire : « Il faut protéger les agriculteurs. Il faut protéger les éleveurs. » Mais cette protection tarde à se concrétiser.

Des pistes concrètes pour sortir de l’impasse

Face à cette crise multidimensionnelle, Remadji Ngaba propose des mesures immédiates et réalisables. D’abord, la subvention des projets agricoles pour relancer la production locale et réduire la dépendance aux importations. Ensuite, la valorisation des ressources en eau, un levier souvent sous-exploité dans un pays aussi aride. Enfin, et surtout, un suivi rigoureux et transparent des prix sur les marchés pour lutter contre les abus et les spéculations.

Il interpelle aussi les dirigeants : « Ils voyagent, ils voient comment d’autres pays gèrent leur quotidien. Ils doivent agir davantage pour améliorer la vie de leur peuple. »