24 juillet 2026

Burkina Voix

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Retrait de la CPI par le Burkina Faso, le Mali et le Niger : l’heure des choix pour la justice africaine

L’Alliance des États du Sahel (AES) a marqué l’histoire par un acte lourd de conséquences : le retrait simultané du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale (CPI). Une décision qui ne se limite pas à un simple ajustement diplomatique, mais qui interroge l’avenir même de la justice pénale globale dans un monde fracturé par les tensions géopolitiques du XXIe siècle.

En franchissant ce pas le 22 septembre, les trois pays sahéliens ont bien plus qu’une réorganisation de leur politique étrangère : ils ont ébranlé un pilier essentiel de l’ordre juridique international. La CPI, créée en 1998 par le Statut de Rome, incarnait jusqu’ici l’espoir d’une justice universelle. Pourtant, son incapacité à s’affranchir des biais politiques et son manque d’impartialité ont nourri une défiance croissante, notamment dans les pays du Sud global. Le départ de l’AES n’est pas un hasard : il reflète une crise de légitimité profonde, où la justice internationale est perçue comme un outil au service des puissances occidentales.

Pour les autorités de Bamako, Ouagadougou et Niamey, cette rupture s’inscrit dans une logique de souveraineté retrouvée. Après avoir dénoncé les accords militaires avec la France et les États-Unis, quitté la CEDEAO et tourné le dos à la Francophonie, le retrait de la CPI parachève ce mouvement de déconnexion institutionnelle. L’argument est sans équivoque : les défis sécuritaires et politiques du Sahel doivent être résolus par les Sahéliens, pour les Sahéliens. Pourtant, derrière cette posture se cachent des enjeux bien plus concrets.

Engagés dans une lutte sans merci contre les groupes terroristes, les gouvernements de l’AES et leurs forces de sécurité font l’objet de critiques répétées pour des exactions présumées contre les populations civiles. En se soustrayant à la juridiction de la CPI, ces régimes s’offrent un bouclier juridique bienvenu. Une stratégie qui séduit une partie de l’opinion publique locale, mais qui soulève une question cruciale : cette fuite en avant ne risque-t-elle pas d’ouvrir la porte à une impunité généralisée ?

La défiance envers la CPI ne naît pas d’un vide. Elle repose sur des faits accablants. Comment justifier l’impunité des architectes de la guerre en Irak en 2003, lancée sous de faux prétextes et sans mandat de l’ONU ? George W. Bush et Tony Blair n’ont jamais eu à rendre des comptes devant les juges de La Haye. Pire encore, lorsque la CPI a tenté d’enquêter sur les crimes de guerre présumés des forces américaines en Afghanistan, Washington a réagi en sanctionnant financièrement les procureurs. Une réaction qui en dit long sur le double standard qui régit la justice internationale.

L’affaire Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien, illustre une autre facette des dérives de la CPI. Arrêté et détenu près de dix ans après la crise post-électorale de 2010, il a finalement été acquitté faute de preuves suffisantes. Les juges ont même pointé du doigt la « faiblesse exceptionnelle » des éléments présentés par le bureau du Procureur. Un fiasco judiciaire qui a renforcé l’idée d’une justice à deux vitesses, où les vainqueurs dictent les règles et où les puissances occidentales échappent systématiquement à toute sanction.

Le contraste est saisissant lorsque l’on compare cette inertie avec la célérité dont a fait preuve la CPI pour émettre un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine. Si la décision est juridiquement fondée, elle renforce l’image d’une institution sélective, où la morale internationale semble dépendre de l’alignement géopolitique.

Face à cette justice perçue comme « des Blancs », l’Afrique dispose pourtant d’alternatives. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et la Cour de justice de la CEDEAO offrent des cadres juridiques continentaux et sous-régionaux pour protéger les droits fondamentaux. Pourtant, leur efficacité reste limitée par le manque de volonté politique des États africains eux-mêmes. Comment dénoncer les biais de la CPI tout en refusant de respecter les décisions de la Cour de justice de la CEDEAO, notamment lorsqu’elles condamnent des arrestations arbitraires ou des violations des libertés ?

La souveraineté ne doit pas servir de prétexte pour remplacer l’arbitraire international par une impunité nationale. Pour être crédibles, les États du Sahel doivent impérativement renforcer les institutions judiciaires régionales et appliquer sans réserve leurs décisions. Sans cela, le retrait de la CPI ne sera qu’un repli stratégique, offrant une fausse promesse de justice au profit d’une domination locale tout aussi opaque.

Le départ des trois pays sahéliens de la CPI doit être compris comme un avertissement. Il signale la fin d’une ère où la justice globale était dictée depuis l’Occident. Désormais, l’Afrique a l’opportunité de prouver qu’une alternative existe : une justice continentale, forte, indépendante et équitable. Mais cette alternative ne pourra émerger que si les États africains s’engagent résolument à respecter leurs propres institutions juridiques. Le défi est immense, mais il est à la hauteur des enjeux : construire un État de droit où chaque citoyen, quel que soit son rang, est soumis aux mêmes règles.