8 septembre 2026

Burkina Voix

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Au Mali, le blocus du carburant par le JNIM révèle les fragilités de la junte

Depuis septembre 2025, les convois de carburant à destination du Mali sont la cible d’attaques répétées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Cette stratégie a transformé les axes d’approvisionnement en véritables zones de conflit, plongeant le pays dans une pénurie qui touche l’économie, l’électricité et les services essentiels. Un an après, cette asphyxie programmée expose les limites du pouvoir militaire à sécuriser les routes vitales du territoire.

Une pression économique plutôt qu’un simple blocus

Le 7 septembre 2025, Abou Houzeïfa Bina Diarra a annoncé l’interdiction d’acheminer du carburant vers le Mali depuis le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Guinée, tout en visant les activités de la société Diarra Transport.

Au départ, les autorités maliennes ont minimisé les faits, évoquant des accidents ou des difficultés liées aux pluies. Mais à partir du 14 septembre, le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a attaqué un important convoi de citernes sur l’axe Kayes-Bamako, puis a multiplié les actions sur les principales routes commerciales. Selon des enquêtes de Bellingcat, plus de 130 citernes ont été détruites dès l’automne 2025.

Le carburant, nerf de la guerre économique

Le Mali, pays enclavé, dépend fortement des importations de carburant qui transitent par les ports sénégalais et ivoiriens. En ciblant ces flux, le JNIM a porté un coup à l’ensemble de l’activité nationale.

À Bamako, les stations-service ont connu des files d’attente interminables, des fermetures et du rationnement. Les prix ont flambé, et les transports sont devenus plus coûteux. Les pénuries ont également été signalées à Ségou, Mopti et San.

Les conséquences en cascade sont immédiates : taxis et transports interurbains augmentent leurs tarifs, les marchandises se renchérissent, les commerçants répercutent les hausses, et le pouvoir d’achat des ménages s’effondre. Le carburant devient un facteur de prix pour presque tout.

L’électricité est aussi affectée, car le secteur énergétique dépend fortement des carburants. Des images satellitaires analysées par Bellingcat ont montré une baisse de l’éclairage nocturne à Bamako pendant la crise.

Écoles, hôpitaux : une société entière affectée

Les établissements scolaires et universitaires ont été perturbés, certains fermés par moments. Enseignants et élèves ne pouvaient plus se déplacer normalement.

Le secteur de la santé est durement touché. Médecins sans frontières (MSF) a rapporté que les pénuries de carburant compliquaient les déplacements des patients, limitaient l’électricité dans les structures médicales et ralentissaient les évacuations. À l’hôpital du Point G à Bamako, MSF a noté une baisse de 15 % des consultations pour les cancers du sein et du col de l’utérus.

Dans les villes de l’intérieur comme Bla, San ou Mopti, la situation est plus critique : groupes électrogènes à l’arrêt, transports réduits, commerces ralentis et services publics perturbés. Le blocus se transforme en crise sociale.

Une humiliation stratégique pour la junte

Le JNIM a trouvé un moyen de frapper le pouvoir sans avoir à prendre Bamako. En rendant les routes dangereuses, il dissuade les transporteurs et asphyxie l’économie.

Cette campagne est particulièrement embarrassante pour la junte d’Assimi Goïta, qui a fait de la souveraineté et de la reconquête territoriale son cheval de bataille. Le régime a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, mis fin à la MINUSMA et renforcé ses liens avec la Russie. Mais la crise du carburant pose une question simple : à quoi sert une stratégie sécuritaire si l’État ne peut pas protéger un convoi de citernes sur la route de sa capitale ?

Des convois escortés par l’armée ont parfois réussi à atteindre Bamako, célébrés comme des victoires. Mais que l’arrivée d’une centaine de citernes devienne un événement national en dit long sur la gravité de la crise.

Le 25 avril, la crise sécuritaire atteint le sommet de l’État

La crise du carburant n’explique pas à elle seule les attaques du 25 avril 2026, mais leur portée politique est immense. Ce jour-là, des attaques coordonnées ont frappé plusieurs localités, dont Kati, Bamako, Mopti, Gao et Kidal. Le général Sadio Camara, ministre de la Défense, a été mortellement blessé lors de l’attaque contre sa résidence à Kati, et sa mort a été confirmée par le gouvernement.

Ce choc est d’autant plus fort pour un régime dont la légitimité repose sur la sécurité. Quelques mois plus tôt, il devait déjà escorter les convois de carburant ; en avril, c’est le cœur de l’appareil sécuritaire qui était visé.

Un an après, l’économie reste otage de l’insécurité

La dernière attaque contre des convois de carburant, le 2 septembre 2026 entre Fana et Ségou, montre que la crise persiste. Des citernes ont encore été incendiées et des soldats tués. Selon des évaluations publiées en 2026, plus de 300 citernes auraient été détruites depuis le début de la campagne.

Cependant, ces chiffres sont difficiles à vérifier de manière indépendante, l’accès au terrain étant limité. Cette opacité est elle-même un problème.

Derrière les statistiques, une réalité simple s’impose : un pays ne peut pas fonctionner normalement quand ses routes d’approvisionnement deviennent des zones de guerre. Le JNIM a transformé l’enclavement du Mali en arme stratégique, tandis que la junte peine à apporter une réponse durable.

Quand sécuriser l’économie devient une bataille

Un an après le début du blocus, le carburant est devenu un indicateur clé de la crise malienne. Chaque citerne qui atteint Bamako illustre à la fois la capacité de réaction de l’État et son incapacité à garantir la normalité sur les routes.

Le JNIM a compris qu’il n’est pas nécessaire de conquérir une capitale pour fragiliser un régime : il suffit de couper ses approvisionnements. Pour la junte, le défi est donc bien plus large que la lutte antiterroriste : il faut rétablir la circulation, protéger les infrastructures économiques et restaurer la confiance des transporteurs, des entreprises et de la population.

C’est sur ce terrain que le discours de souveraineté se heurte à l’épreuve la plus brutale : un État est réellement souverain lorsqu’il peut protéger ses routes, nourrir son économie et garantir les services essentiels. Un an après le début du blocus, le Mali en est encore loin.