26 mai 2026

Burkina Voix

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Quel avenir pour le modèle démocratique dans les pays de l’AES ?

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger font régulièrement la une de l’actualité internationale. Ces trois nations, aujourd’hui dirigées par des autorités militaires ayant accédé au pouvoir entre 2020 et 2023, partagent un défi commun : la lutte acharnée contre le terrorisme. Sur un territoire immense de près de 2,8 millions de kilomètres carrés, des groupes armés multiplient les offensives depuis des années, déstabilisant profondément la région.

Pour justifier leur prise de pouvoir, les militaires invoquent systématiquement l’urgence sécuritaire. L’expansion du djihadisme a provoqué une crise perpétuelle, entraînant la chute des administrations civiles précédentes. Épuisées par l’incapacité des autorités à garantir leur sécurité, une partie des populations a initialement perçu ces coups de force comme un remède immédiat au chaos.

Cependant, alors que les périodes de transition s’étirent, les citoyens de l’AES (Alliance des États du Sahel) s’interrogent sur la pérennité de l’état de droit. Le concept même de gouvernance démocratique est désormais ouvertement remis en question par les dirigeants actuels.

Au Mali, les récentes délibérations nationales ont débouché sur des propositions radicales : la dissolution des formations et associations politiques, ainsi que la nomination du général Assimi Goïta à la présidence pour une durée de cinq ans renouvelable. Au pouvoir depuis le putsch de 2020, ce dernier ne dispose pas d’une légitimité issue des urnes, s’appuyant sur un soutien populaire dont l’ampleur reste difficile à évaluer dans un contexte de restriction des libertés.

 Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani, Ibrahim Traoré

La recherche d’une trajectoire politique souveraine

Le constat est similaire au Niger et au Burkina Faso. À l’instar de Bamako, les processus de consultation à Niamey et Ouagadougou ont été largement ignorés par les partis politiques traditionnels. Pourtant, l’existence de contre-pouvoirs demeure un pilier fondamental de tout système équilibré, bien que chaque nation doive adapter ses institutions à ses propres réalités historiques.

Dans le Sahel, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une rupture avec les modèles hérités de la colonisation. L’objectif affiché est de bâtir un système politique fondé sur des valeurs endogènes. Les changements de régime récents pourraient ainsi marquer une volonté de s’écarter des principes établis lors des conférences nationales des années 1990, qui prônaient l’alternance démocratique et la primauté du droit.

Soma Abdoulaye, enseignant en droit à l’université de Ouagadougou, souligne que la difficulté réside moins dans la qualité des textes que dans la volonté des dirigeants de s’y soumettre. Selon lui, le manque de culture démocratique au sommet de l’État freine l’enracinement des institutions.

Manipulation de l’opinion et rejet des standards occidentaux

Le débat sur la pertinence de la « démocratie occidentale » reste brûlant dans l’espace AES. Les autorités de transition sont parfois accusées d’instrumentaliser le sentiment populaire pour consolider leur position, reléguant les réformes électorales au second plan. Au Mali, malgré une première expérience d’alternance en 1992 avec Alpha Oumar Konaré, le pays traverse depuis 2012 une zone de turbulences qui fragilise le consensus national.

Au Niger, l’introduction du multipartisme dans les années 1990 avait suscité un immense espoir de liberté. Toutefois, les dysfonctionnements institutionnels ont ouvert la voie à des interventions militaires récurrentes. Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, l’opinion publique nigérienne apparaît fracturée sur la vision de l’avenir politique du pays.

Parallèlement, la Cédéao et la communauté internationale tentent d’imposer un retour à l’ordre constitutionnel via des sanctions économiques. Ces pressions sont perçues par une partie de la population comme une ingérence étrangère. Pour les pays ayant quitté l’organisation régionale, l’enjeu principal est désormais celui de la souveraineté totale.

Le capitaine Ibrahim Traoré, figure de proue de la transition burkinabè, a d’ailleurs publiquement remis en cause le lien entre démocratie et développement, affirmant qu’aucun pays ne s’était construit sur ce modèle. Une analyse contestée par d’autres acteurs politiques, comme l’ancien ministre togolais François Akila-Esso Boko, qui met en garde contre les dérives dictatoriales.

L’enjeu des partis et l’exception guinéenne

La formation et la structuration des partis d’opposition restent essentielles pour garantir un débat contradictoire. C’est le point de vue défendu par plusieurs experts, qui voient dans la faiblesse actuelle de l’opposition un risque majeur pour l’équilibre des pouvoirs.

Enfin, hors de l’AES, la Guinée suit une trajectoire comparable depuis le coup d’État du 5 septembre 2021. Le régime en place a entrepris une restructuration profonde de l’espace politique, entraînant l’interdiction de plus de cinquante partis jugés non conformes. Bien que Conakry prévoie un référendum constitutionnel pour septembre prochain, la junte dirigée par Mamadi Doumbouya est régulièrement critiquée pour ses méthodes répressives envers les voix dissidentes.