10 juin 2026

Burkina Voix

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Quand les agents de mobile money en Côte d’Ivoire manquent de liquidités

Mobile money transfer agencies are seen on May 6, 2020 in a district of Abidjan in the Ivory Coast. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)

En Côte d’Ivoire, le mobile money s’est imposé comme un outil incontournable de l’inclusion financière. Avec plus de 400 000 points de service, ces cabines offrent des services essentiels aux populations, bien au-delà des simples distributeurs automatiques de billets. Pourtant, les agents de mobile money font face à un défi récurrent qui menace leur activité : le manque chronique de liquidités.

Cabines de mobile money à Abidjan, Côte d'Ivoire

En fin de journée, au cœur du quartier d’Angré Château, l’une de ces cabines attire une clientèle nombreuse. Pourtant, ce soir-là, elle affiche complet : plus de liquidités disponibles. Rosette, venue retirer 10 000 francs CFA (15 euros), exprime son agacement : « Parfois, on vient pour retirer de l’argent et la cabine n’a plus de fonds. On s’adapte, mais c’est très contraignant. » À l’intérieur, Nema, la gérante, tente de gérer la situation : « Les retraits peuvent être massifs certains jours. Nous manquons alors d’espèces. Nous basculons en mode dépôt pour les clients, mais cela ne plaît pas à tout le monde. » Certains préfèrent partir chercher une autre cabine plutôt que de patienter.

Des pertes financières qui s’accumulent

Les opérateurs comme Orange, Moov, MTN ou Wave versent des commissions aux agents de mobile money pour chaque transaction. Par exemple, entre 20 et 60 francs CFA (3 à 9 centimes d’euro) pour un retrait de 10 000 francs CFA (15 euros). Plus les transactions sont nombreuses et importantes, plus les revenus des agents augmentent. Mais lorsque les fonds manquent, la boucle se referme : les clients partent, les commissions chutent, et la rentabilité s’effondre.

Affoué, gérante d’une cabine, résume la situation : « Si tu perds un client, tu perds aussi sa commission. Il faut donc tout faire pour le satisfaire et maintenir un chiffre d’affaires stable. »

Des solutions innovantes pour relancer la machine

Face à ce problème, des initiatives locales émergent. Gertrude Yapi, directrice des opérations de la startup Leya, explique : « Nous approvisionnons les cabines en moins de 4 minutes en crédit et en moins de 30 minutes en liquidités. Cela permet aux agents d’augmenter leur chiffre d’affaires de 50 % et de fidéliser leur clientèle. » Aujourd’hui, Leya compte plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes ivoiriennes : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo.

Pour l’économiste Kassoum Timité, cette problématique dépasse le simple cadre des cabines de mobile money : « Le secteur informel, qui représente jusqu’à 40 % du PIB ivoirien selon le FMI, dépend largement de ces services. Un manque de liquidités ralentit les transactions et freine l’activité économique. »

Un marché en pleine expansion

En 2024, les échanges via mobile money ont atteint plus de 140 milliards de francs CFA (210 millions d’euros) par jour en Côte d’Ivoire, soit près de quatre fois plus qu’en 2020. Cette croissance fulgurante souligne l’importance cruciale de fluidifier les opérations pour les agents. Sans solutions durables, le risque est de voir ce secteur essentiel s’essouffler, pénalisant à la fois les entrepreneurs locaux et l’économie nationale.