24 juillet 2026

Burkina Voix

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Paix et résilience au Niger : le dialogue comme pilier de la cohésion sociale

Face à l’insécurité, le Niger mise sur le dialogue inclusif pour bâtir la paix

Dans un contexte marqué par des menaces terroristes et une insécurité grandissante dans plusieurs régions du Niger, les initiatives locales et nationales se multiplient pour restaurer la stabilité. Parmi elles, le dialogue inclusif s’impose comme une solution essentielle pour renforcer la cohésion sociale et contrer les violences. Cette approche, qui engage l’État ainsi que l’ensemble des acteurs socio-économiques, vise à créer un socle solide pour un vivre-ensemble harmonieux. Le premier forum national de l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI), organisé à Niamey les 23 et 24 juin 2026, illustre cette dynamique en réunissant des représentants de zones touchées par l’insécurité, des leaders religieux, des experts en sécurité et d’autres acteurs clés.

La sécurité des personnes et de leurs biens, une mission régalienne des Forces de défense et de sécurité qui nécessite une résilience communautaire inclusive

Des défis quotidiens dans les zones en proie à l’insécurité

Les localités de Tera, Makolondi et Torodi subissent de plein fouet les conséquences de l’instabilité. Malgré les efforts des autorités, les populations locales font face à des obstacles majeurs dans leur vie quotidienne. Les déplacements sont souvent limités, et l’insécurité entrave les activités économiques. Les Forces de défense et de sécurité (FDS) jouent un rôle crucial en assurant des patrouilles régulières, sans lesquelles les habitants seraient encore plus vulnérables.

M. Seydou Hamidou, membre d’une association de jeunes du village de Bantéri, dans la commune rurale de Makalondi, partage un témoignage poignant : « Les jeunes sont souvent contraints de quitter leur terre natale en raison de l’absence de sécurité. Sans emploi stable, certains se tournent vers des groupes armés ou quittent le pays. Les violences, comme le vol de bétail ou les déplacements forcés, aggravent encore cette situation. » Il ajoute que les jeunes qui tentent de s’engager dans l’armée subissent des pressions, mettant en danger leurs proches.

Seydou Hamidou, jeune leader communautaire de Makalondi

M. Victor Harouna, originaire de Téra, évoque quant à lui l’impact économique de l’insécurité : « Les coûts de transport ont explosé. Une distance autrefois couverte pour 3 000 francs CFA coûte désormais jusqu’à 15 000 francs. Les récoltes sont sabotées, et les déplacés, bien que certains soient rentrés grâce à l’intervention des militaires, peinent à retrouver une vie normale. »

Pour les femmes, la situation est tout aussi critique. Mme Amina, résidente du département de Torodi, souligne que les femmes sont particulièrement vulnérables : « Beaucoup ont perdu leurs maris, leurs enfants ne vont plus à l’école, et certaines doivent fuir vers des zones plus sûres sans ressources. » Elle plaide pour un renforcement de la présence militaire et des actions en faveur des populations affectées.

L’État nigérien renforce ses actions pour la réinsertion et la sécurité

Le capitaine Boureima Dobi, préfet du département de Torodi, a participé au forum de Niamey et partagé les avancées réalisées par l’État. Grâce à l’intervention des Forces de défense et de sécurité, plus de 800 déplacés ont pu regagner leurs localités, notamment à Makalondi. Une deuxième phase de réinsertion est en préparation pour permettre à d’autres populations de retrouver leur foyer. « L’État agit sans relâche pour assurer le bien-être des citoyens, en fournissant vivres et soutien. Personne ne peut dire que nous restons inactifs », déclare-t-il.

Le capitaine Boureima Dobi, préfet de Torodi, lors du forum

Le préfet insiste sur la nécessité d’une collaboration étroite avec les FDS pour traquer les complicités locales avec les groupes armés. « Certaines personnes ont déjà rendu leurs armes et réintégré la société. Nous multiplions les sensibilisations pour renforcer le patriotisme et la responsabilité citoyenne », explique-t-il.

Depuis la transition politique, le Niger a placé la sécurité et la cohésion nationale au cœur de ses priorités. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), rattachée à la Présidence, déploie des efforts constants pour promouvoir le dialogue, prévenir les conflits et renforcer la résilience des communautés. M. Boubacar Hamidou, directeur du Relèvement et de la Stabilisation à la HACP, met en avant les actions menées auprès des leaders communautaires, des jeunes et des femmes : « Nous travaillons à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, tout en soutenant des projets de développement dans les zones prioritaires. »

Boubacar Hamidou, directeur à la HACP

L’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) : un engagement pour la résilience communautaire

Créée en 2019 sous l’impulsion des Conférences Épiscopales d’Afrique de l’Ouest et de partenaires comme le CJP Burkina, l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) réunit des communautés chrétiennes et musulmanes du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Son objectif : promouvoir le dialogue interreligieux, la cohésion sociale et la résilience dans les zones les plus vulnérables. Lors du forum national de Niamey, Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président du groupe de travail de la SPI, a insisté sur l’importance des rencontres communautaires et des forums intergénérationnels : « Le dialogue est le fondement de la paix. Il faut unir les hommes, les femmes et les jeunes pour discuter des défis sécuritaires et proposer des solutions durables. »

Monseigneur Laurent Lompo, président de la SPI

Plusieurs axes d’action sont envisagés pour renforcer la résilience : formation des acteurs de paix, promotion de l’entrepreneuriat des jeunes, éducation à la paix, inclusion sociale, innovation numérique pour la stabilité, ainsi que la capitalisation des bonnes pratiques. Ce forum a permis d’élaborer des recommandations concrètes pour un Niger plus stable et uni.

Les leaders religieux, acteurs incontournables de la paix

La religion joue un rôle central dans les débats sur la sécurité et la cohésion sociale. Face aux discours extrémistes qui instrumentalisent la foi, les leaders religieux se mobilisent pour promouvoir la coexistence pacifique. Le Comité national de dialogue intra et interreligieux (CDIR), créé pour contrer l’influence de groupes comme Boko Haram, œuvre à désamorcer les tensions communautaires et à encourager le dialogue.

Vue d'ensemble du forum de Niamey

Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur national du CDIR, explique : « Notre mission est de mettre fin aux discours de haine qui alimentent les conflits. Nous organisons des comités locaux de paix et des cellules de proximité pour résoudre les tensions intercommunautaires, souvent liées à des litiges fonciers ou religieux. Le dialogue permet de clarifier les malentendus et de préserver l’unité nationale. »

Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur du CDIR

Les médias communautaires, relais essentiels de la stabilité

En période d’insécurité, les médias communautaires deviennent des acteurs stratégiques pour sensibiliser les populations, contrer la désinformation et promouvoir un discours constructif. Les radios locales, par leur proximité, jouent un rôle clé dans l’éducation et la mobilisation citoyenne.

M. Alhassane Mahamane, rédacteur en chef au Studio Kalangou, souligne leur importance : « Ces médias offrent une plateforme pour exprimer les préoccupations locales et valoriser les solutions communautaires. Ils sont un outil précieux pour renforcer la confiance et l’engagement en faveur de la paix. »

Alhassane Mahamane, rédacteur en chef au Studio Kalangou

Les femmes, actrices clés de la cohésion sociale

Les femmes nigériennes s’organisent pour jouer un rôle actif dans la construction de la paix. À travers des associations comme Femmes, Actions et Développement (FAD), elles créent des activités génératrices de revenus, éduquent les jeunes générations et renforcent le vivre-ensemble. Cependant, pour maximiser leur impact, elles ont besoin de soutien en matière de formation et d’accès aux instances décisionnelles.

Mme Amina Boukary, coordinatrice du partenariat à la FAD, insiste : « Les femmes représentent la moitié de la population. Leur inclusion dans les mécanismes de paix est indispensable. Nous devons renforcer leur leadership et leur accès à l’éducation pour qu’elles puissent contribuer pleinement au développement communautaire. »

Amina Boukary, coordinatrice à la FAD

En conclusion, la paix au Niger ne peut être durable sans l’implication de tous : citoyens, institutions, leaders religieux, médias et femmes. Les initiatives actuelles, bien que prometteuses, nécessitent un engagement continu pour bâtir une société plus résiliente et unie.