26 mai 2026

Burkina Voix

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Niger un an après le coup d’État : les droits humains en danger sous la junte

Niger : un an après le prise de pouvoir militaire, les droits humains s’effritent

Un an après le coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum au Niger, les autorités militaires intensifient leur répression contre l’opposition, les médias et les défenseurs des droits humains. Selon trois organisations internationales majeures, Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), cette période a été marquée par des arrestations arbitraires, des restrictions des libertés et une opacité croissante dans la gestion des affaires publiques.

des arrestations ciblées et une justice muselée

Parmi les personnalités détenues, l’ancien président Mohamed Bazoum reste emprisonné au palais présidentiel de Niamey, aux côtés de son épouse. Les trois organisations dénoncent des conditions de détention non conformes aux normes internationales et l’absence de procédure régulière. En juin 2024, une cour nigérienne a levé son immunité présidentielle, ouvrant la voie à un procès pour « haute trahison » et autres accusations, dans un contexte judiciaire jugé partial par les observateurs.

Au moins 30 responsables du gouvernement renversé, dont d’anciens ministres et conseillers de Bazoum, ont été arrêtés sans motif valable. Beaucoup ont été placés en détention secrète avant d’être transférés dans des prisons de haute sécurité. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution, tandis que les autres font face à des accusations de « menace à la sûreté de l’État », bien qu’ils soient des civils. Les avocats de la défense dénoncent des procédures expéditives et un manque flagrant de transparence.

liberté de la presse : une cible privilégiée de la junte

Depuis le coup d’État, la liberté de la presse au Niger a subi une pression sans précédent. Les journalistes sont régulièrement harcelés, menacés ou arrêtés, poussant beaucoup à l’autocensure par crainte de représailles. Plusieurs cas illustrent cette répression :

  • Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée en septembre 2023 avant d’être inculpée pour « diffusion de données troublant l’ordre public ». Libérée sous caution, son procès n’a toujours pas eu lieu.
  • Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, a été arrêté en avril 2024 pour avoir dénoncé le coup d’État sur les réseaux sociaux. Il est actuellement en détention provisoire pour « complot contre la sûreté de l’État ».
  • Soumana Maiga, directeur de publication de L’Enquêteur, a été incarcéré après la publication d’un article sur des soupçons d’espionnage russe au Niger. Libéré en juillet 2024, il attend toujours son procès.
  • Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC, a fui le Niger en mai 2024 après avoir subi des menaces de la part de partisans de la junte, qui l’accusaient de « déstabiliser le pays ».

En janvier 2024, le gouvernement a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation indépendante, et instauré un comité de gestion des médias sous contrôle ministériel, renforçant ainsi la mainmise de l’État sur l’information.

cybercriminalité et restriction des libertés en ligne

En juin 2024, une réforme de la loi sur la cybercriminalité a été adoptée, rétablissant des peines de prison pour des infractions liées à la diffamation ou à la diffusion d’informations jugées « troublant l’ordre public ». Cette mesure, couplée à l’interdiction des visites des ONG dans les prisons depuis mai 2024, illustre une stratégie globale de contrôle des libertés fondamentales.

Les défenseurs des droits humains alertent : ces décisions violent la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger. Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, déclare : « Cette répression systématique des voix dissidentes marque un recul alarmant pour la démocratie et l’État de droit au Niger. »

opacité militaire et absence de redevabilité

L’une des mesures les plus controversées prises par la junte est l’abrogation des contrôles sur les dépenses militaires, signée en mars 2024. Cette ordonnance exclut les budgets de la défense de toute surveillance comptable et les exonère d’impôts, renforçant ainsi l’opacité et les risques de corruption.

Les organisations de défense des droits humains soulignent que cette décision affaiblit la transparence et favorise les abus. Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à Human Rights Watch, affirme : « Un régime démocratique ne peut se construire sur l’obscurité et l’impunité. Les dépenses militaires doivent être soumises à un contrôle public pour garantir la redevabilité des autorités. »

un appel urgent à la communauté internationale

Face à cette détérioration rapide de la situation, les trois organisations appellent à :

  • La libération immédiate de Mohamed Bazoum et de tous les détenus politiques.
  • Le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association.
  • La levée des restrictions imposées aux médias et aux défenseurs des droits humains.
  • La réintroduction des contrôles sur les dépenses militaires et une gestion transparente des affaires publiques.

Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, résume l’urgence de la situation : « Un an après le coup d’État, les autorités militaires nigériennes choisissent la répression plutôt que le dialogue. Elles doivent immédiatement mettre fin à ces violations et restaurer les droits fondamentaux de la population. »

La crise au Niger rappelle l’importance de soutenir les institutions démocratiques et de protéger les droits humains dans une région du Sahel déjà fragilisée par l’instabilité politique et les conflits armés.