6 août 2026

Burkina Voix

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Niger : quand la junte se heurte à l’impossible équilibre sécuritaire

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Deux ans après le bouleversement politique, un bilan bien en deçà des promesses

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani s’emparait du pouvoir à Niamey, promettant de restaurer la sécurité au Niger en rompant avec les méthodes des autorités civiles. Deux ans plus tard, le constat est amer : les groupes armés, loin d’être affaiblis, étendent leur influence et défient ouvertement le nouveau régime. La récente intervention du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, illustre cette impasse. En s’adressant directement au général Tiani, son porte-parole, le cheikh Albani Al-Ansari, a balayé les arguments de la junte en rappelant une vérité crue : le conflit ne concerne pas les alliances internationales, mais l’existence même de l’État nigérien.

Une idéologie jihadiste qui transcende les changements de régime

Le discours du JNIM est sans ambiguïté : « Si vous abandonnez la Constitution pour gouverner exclusivement selon la Charia, la guerre entre nous prendra fin. Dans le cas contraire, elle se poursuivra. » Cette déclaration révèle l’erreur stratégique initiale de la junte. En se focalisant sur l’éviction des forces occidentales et en brandissant l’argument souverainiste, le général Tiani a sous-estimé la nature profonde de la menace. Les groupes armés ne combattent pas une puissance étrangère ; ils rejettent tout modèle d’État moderne, quels que soient ses dirigeants ou ses partenaires.

Leur objectif ? Substituer un ordre politico-religieux à l’ordre constitutionnel nigérien. Ni le départ des troupes françaises, ni les réorganisations militaires, ni même les sanctions régionales n’ont d’impact sur leur détermination. Leur combat s’inscrit dans une logique de conquête territoriale et d’affaiblissement des institutions, exploitant les failles d’un État encore fragile.

Un pouvoir militaire confronté à ses propres limites

Le pari de la junte reposait sur une gouvernance centralisée, censée permettre une réponse plus efficace. Pourtant, malgré les réformes militaires, les attaques persistent dans plusieurs régions. Les groupes jihadistes, agiles et opportunistes, profitent des zones mal contrôlées, des tensions communautaires et des défis logistiques de l’armée nigérienne. Les populations subissent les conséquences : déplacements forcés, écoles et centres de santé fermés, et une insécurité quotidienne qui s’aggrave.

Sur le plan diplomatique, le rapprochement avec la Russie et les autres membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) a renforcé le discours souverainiste, mais n’a pas accéléré la stabilisation. Les sanctions initiales, suivies d’un lent dégel, ont laissé des traces durables sur l’économie et les finances publiques. Les promesses de sécurité rapide se heurtent à une réalité bien plus complexe.

La souveraineté ne suffit pas : l’État face à ses contradictions

Pour légitimer son pouvoir, la junte a multiplié les références à l’islam dans sa communication, espérant ainsi réduire l’influence des jihadistes. Pourtant, ces derniers retournent cet argument contre elle. Pour eux, une gouvernance qui se revendique musulmane mais ne se soumet pas intégralement à la Charia reste une cible légitime. Le général Tiani se retrouve ainsi pris dans un piège : accepter les exigences des groupes armés reviendrait à renier les fondements républicains du Niger, tandis que les rejeter condamne le pays à une guerre sans fin.

Cette situation met en lumière une leçon cruciale pour le Sahel. La lutte contre le terrorisme ne se résume pas à des questions de souveraineté ou d’alliances géopolitiques. Elle exige des institutions solides, une présence étatique effective, une coopération régionale renforcée, et surtout, une stratégie globale qui intègre les dimensions sociales et économiques. Sans cela, les groupes jihadistes continueront de prospérer, exploitant les failles d’un État encore en construction.

Un conflit qui dépasse le cadre national

Le Niger n’est pas un cas isolé. Dans tout le Sahel, les groupes armés profitent des vides institutionnels et des fractures sociales pour étendre leur emprise. Le général Tiani, comme ses prédécesseurs, découvre que renverser un gouvernement est une chose, mais transformer les dynamiques d’un conflit enraciné depuis plus d’une décennie en est une autre. Tant que l’État nigérien ne répondra pas aux attentes sécuritaires, économiques et sociales de sa population, la guerre continuera de miner son avenir.