24 juillet 2026

Burkina Voix

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Maroc et États-Unis : une alliance historique à l’épreuve du temps

drapeaux marocain et américain côte à côte

Depuis plus de deux siècles, le Maroc et les États-Unis entretiennent l’une des alliances les plus anciennes et les plus stables du monde. Une relation qualifiée de « spéciale » par les observateurs, mais dont les fondements reposent avant tout sur des intérêts stratégiques mutuels, façonnés par l’histoire et les défis géopolitiques. Retour sur les moments clés qui ont forgé ce partenariat unique.

Un traité fondateur né de la nécessité

Le 23 juin 1786, le Maroc devenait le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance des États-Unis. Signé à Meknès, ce traité de paix et d’amitié, toujours en vigueur aujourd’hui, marquait le début d’une coopération diplomatique sans précédent. À l’époque, les États-Unis cherchaient à sécuriser leurs routes maritimes en Méditerranée, menacées par la piraterie, tandis que le Maroc, alors sous l’autorité du Sultan Mohammed III, y voyait l’occasion de renforcer sa position face aux puissances européennes. Ce document historique, plus ancien traité encore valide entre Washington et une nation étrangère, reste le socle d’une relation que les deux pays aiment à qualifier de « privilégiée ».

La Seconde Guerre mondiale : un tournant décisif

C’est lors du conflit mondial de 1939-1945 que les liens entre Rabat et Washington ont pris une dimension stratégique. En novembre 1942, l’opération « Torch », menée par les Alliés sous le commandement du général Eisenhower, voit débarquer 35 000 soldats américains sur les côtes marocaines. Ce déploiement militaire a non seulement joué un rôle clé dans la victoire alliée, mais il a aussi marqué un tournant dans la perception des États-Unis au Maroc.

Lors de la conférence de Casablanca en janvier 1943, le président Roosevelt aurait promis au Sultan Mohammed V un soutien pour la restauration de la souveraineté marocaine après la guerre. Bien que cette promesse n’ait jamais été officiellement concrétisée, elle a profondément marqué les esprits au Maroc, consolidant l’image des États-Unis comme un allié bienveillant. Une perception qui a, par ailleurs, suscité la méfiance du général de Gaulle, alors en pleine rivalité avec Washington pour le contrôle de l’Afrique du Nord.

Guerre froide : entre coopération militaire et tensions souverainistes

Avec l’indépendance du Maroc en 1956, les relations bilatérales ont dû s’adapter aux réalités de la Guerre froide. Les États-Unis, en quête d’un point d’appui stratégique en Afrique du Nord, ont installé des bases aériennes sur le territoire marocain. Ces infrastructures, gérées par le Commandement aérien stratégique (SAC), permettaient de projeter la puissance nucléaire américaine vers le bloc soviétique, un enjeu crucial pour Washington.

Cependant, cette présence militaire a rapidement suscité des tensions. Le Roi Mohammed V, puis son successeur Hassan II, ont fait de la souveraineté nationale une priorité absolue. En 1963, sous la pression des revendications marocaines, les États-Unis ont finalement retiré leurs troupes, mettant fin à une décennie de présence militaire directe. Ce retrait, bien que perçu comme une victoire par Rabat, n’a pas entamé la solidité du partenariat entre les deux nations.

Stabilité politique et équilibre des pouvoirs

La stabilité du régime marocain a toujours été une préoccupation majeure pour Washington. En 1971 et 1972, des tentatives de coup d’État contre le Roi Hassan II ont mis à rude épreuve cette alliance. Bien que des soupçons aient pesé sur une possible implication américaine — alimentés par l’utilisation d’avions de chasse F-5 fournis par les États-Unis lors des putschs —, la relation a résisté à l’épreuve du temps. Rabat a su démontrer son habileté à naviguer dans les méandres de la politique étrangère américaine, transformant ses besoins sécuritaires en une collaboration renforcée.

Au fil des décennies, le Maroc a développé une expertise particulière pour tirer parti de cette relation. Des accords militaires pour le contrôle du Sahara occidental aux initiatives de développement lancées par le Peace Corps, cette alliance a su évoluer vers une forme de « soft power » réciproque. Les États-Unis y ont trouvé un partenaire fiable en Afrique du Nord, tandis que le Maroc a bénéficié d’un soutien économique et sécuritaire constant.

Défis contemporains et perspectives d’avenir

Avec les bouleversements du « printemps arabe » et les mutations géopolitiques actuelles, l’avenir de cette relation historique fait l’objet de vifs débats. Washington doit désormais concilier le maintien d’une alliance stratégique avec les aspirations démocratiques des populations locales. La question du Sahara occidental, en particulier, reste un sujet de friction entre les deux pays, bien que le Maroc y voit un enjeu de souveraineté nationale.

Les défis à venir sont immenses. La manière dont les États-Unis aborderont ces questions, tout en préservant le lien historique avec le Maroc, sera déterminante pour façonner l’avenir de cette relation. Une chose est sûre : après plus de deux siècles de partenariat, cette alliance reste l’une des plus solides et des plus résilientes du monde.