26 mai 2026

Burkina Voix

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Mali : offensive conjointe touaregs djihadistes face à la junte et à Moscou

Mali : offensive conjointe des Touaregs et des djihadistes défie la junte et ses alliés russes

Le chef d’état-major des forces maliennes, Oumar Diarra, dénonce une tentative de « déstabilisation systématique » orchestrée par des « acteurs locaux et étrangers » pour plonger le pays dans un climat d’insécurité durable.

Bamako, Mali — Une offensive d’ampleur a secoué le Mali ce week-end, marquant un tournant dans le conflit opposant les groupes armés aux autorités transitoires. Les rebelles touaregs et les djihadistes ont uni leurs forces pour lancer une attaque d’envergure sans précédent.

Une attaque synchronisée dans sept villes stratégiques

Samedi 25 avril, les forces du Front de libération de l’Azawad (FLA) — nouveau nom du mouvement touareg — et celles du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, ont mené des assauts simultanés dans plusieurs localités clés du pays. Parmi les cibles figuraient :

  • Bamako et sa banlieue de Kati (siège de la junte) ;
  • Konna, Mopti et Sévaré, dans le centre du Mali ;
  • Gao et Kidal, dans le nord du pays.

Kidal, bastion stratégique situé au nord-ouest de Bamako, est tombée sous contrôle insurgé. Les assaillants ont employé une palette d’armes modernes : véhicules piégés, engins explosifs improvisés, drones kamikazes et tirs de mortiers. Les attaques, débutant vers 5h30, ont été revendiquées conjointement par le JNIM et le FLA, marquant une coordination opérationnelle inédite.

Cibles prioritaires et bilan humain

Les groupes armés ont visé des infrastructures critiques :

  • La résidence présidentielle ;
  • Le ministère de la Défense ;
  • L’aéroport international Modibo Keïta de Bamako ;
  • Les positions militaires de Kati, Gao, Kidal et Sévaré.

Selon le gouvernement de transition, 16 blessés (militaires et civils) ont été recensés, tandis que le couvre-feu a été instauré à Bamako pour 72 heures. L’aéroport est resté fermé dimanche. Le général Oumar Diarra a affirmé que plus de 200 combattants ennemis avaient été « neutralisés », tout en reconnaissant des pertes dans les rangs gouvernementaux.

Retrait des mercenaires russes et alliance controversée

Le Corps d’armée russe pour l’Afrique — successeur du groupe Wagner — a annoncé son retrait de Kidal, évacuant blessés et matériel lourd « conformément à une décision conjointe avec Bamako ». Cette décision fait suite à un accord avec le FLA pour garantir leur départ en sécurité. Moscou a dénoncé une tentative de coup d’État orchestrée par le FLA et le JNIM, évoquant la participation de « mercenaires ukrainiens et européens » et le soutien des services de renseignement occidentaux.

L’Africa Corps revendique avoir :

  • Sécurisé le palais présidentiel ;
  • Maintien le contrôle des « positions stratégiques et des aéroports » ;
  • Neutralisé plus de 1 000 djihadistes ;
  • Détruit plus de 100 véhicules ennemis.

Cependant, des sources locales rapportent des combats intenses à Kidal, avec des pertes côté russe et une évacuation partielle de certaines unités.

Un ministre tué et un pouvoir vacillant

Le ministre de la Défense Sadio Camara, figure centrale de la junte et proche du président Assimi Goïta, a été tué lors d’une attaque à la voiture piégée à Kati. Son décès, ainsi que celui de plusieurs civils, dont des membres de sa famille, a été confirmé par les autorités. Le général Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de sûreté, a également été blessé. Le président Goïta, évacué en urgence, reste introuvable selon certaines sources.

Cette offensive marque un tournant politique : la perte de Camara, architecte du rapprochement avec Moscou et du déploiement des mercenaires russes, pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de la transition malienne.

Une alliance tactique aux objectifs divergents

Si les Touaregs du FLA luttent pour l’autonomie de l’Azawad et les djihadistes du JNIM pour un État islamique, leur collaboration s’est intensifiée ces deux dernières années. Le FLA, né de la fusion de plusieurs groupes en novembre 2024, a rompu les accords d’Alger de 2015, qui avaient mis fin à une précédente rébellion. Cette alliance a été scellée en mai 2024 via un pacte de non-agression et de coordination opérationnelle avec le JNIM, renforcé par des tactiques apprises auprès des services de renseignement ukrainiens.

Des analystes évoquent l’implication du GUR ukrainien dans la fourniture d’informations ayant permis des embuscades ciblées, comme celle de Tinzaouaten en juillet 2024, où une coalition touareg-djihadiste a infligé de lourdes pertes aux mercenaires russes. Kiev dément toute implication directe, qualifiant ces accusations de « sans fondement ».

Pour l’Ukraine, soutenir ces groupes pourrait servir à ouvrir un « second front » contre la Russie en Afrique, forçant Moscou à disperser ses ressources. Une stratégie qui, selon certains observateurs, s’inscrit dans une guerre par procuration à l’échelle mondiale.