Mali et Algérie : un dégel diplomatique sous haute tension
Après plus d’un an de tensions extrêmes, le Mali et l’Algérie ont enfin annoncé la réouverture de leurs frontières et le retour de leurs ambassadeurs. Une volte-face diplomatique qui a surpris la plupart des observateurs, alors que les relations entre les deux pays semblaient irrémédiablement dégradées. Les accusations mutuelles, notamment celle du Mali pointant une complicité algérienne avec les groupes jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA, avaient atteint leur paroxysme en avril 2025. Quel scénario a pu inverser cette dynamique ? Le rôle du Niger, de la Russie ou d’autres acteurs régionaux a-t-il été déterminant ? Et surtout, ce rapprochement est-il durable ou simplement conjoncturel ?
Un dégel inattendu après une année de crise
Le revirement diplomatique entre Bamako et Alger intervient après des mois de rupture totale. Pourtant, aucun signe avant-coureur ne permettait d’anticiper cette détente. Plusieurs hypothèses circulent quant aux causes de ce rapprochement. D’après les analyses les plus crédibles, une médiation discrète du Niger aurait joué un rôle clé, d’autant que Niamey a lui-même renoué avec Alger en début d’année. Si l’influence russe n’est pas totalement exclue, elle semble néanmoins indirecte, se limitant à des discussions entre Moscou et Alger.
Pourtant, les tensions étaient palpables. En avril 2025, Bamako avait accusé Alger d’avoir abattu un drone sur son territoire, tandis que l’Algérie affirmait que l’appareil se trouvait dans son espace aérien. Une crise qui avait illustré l’ampleur des désaccords entre les deux pays, déjà envenimés par le rejet par le Mali de l’accord de paix de 2015, négocié à Alger.
Faut-il s’attendre à un changement de stratégie militaire au Mali ?
Depuis près de six ans, le pouvoir malien mise sur une réponse purement militaire face aux groupes armés, refusant tout dialogue avec les jihadistes ou les indépendantistes. Or, ce dégel pourrait bien introduire une nouvelle donne. Michaël Ayari, analyste principal sur l’Algérie à l’International Crisis Group, estime qu’un deal a nécessairement été conclu entre les deux pays. Le primat du politique sur le militaire doit en être une condition essentielle, souligne-t-il. Bien que le retour à l’accord d’Alger paraisse peu probable, une initiative politique pourrait émerger, notamment avec le FLA.
« L’État malien se délite, et personne n’a intérêt à ce que le Mali s’effondre, y compris l’Algérie », explique-t-il. Une reprise de la coordination sécuritaire et un renforcement de l’échange de renseignements figurent parmi les premières étapes attendues. Alger, qui entretient des contacts avec certains leaders du FLA, pourrait jouer un rôle modérateur. Cependant, de nombreux obstacles persistent : des spoilers internationaux, une opinion publique malienne réticente, ou encore des divisions internes au régime.
L’Algérie entre deux feux : entre équilibre et réalisme
L’Algérie a toujours adopté une position délicate, cherchant à se maintenir entre Bamako et les groupes armés. Ni trop proche du gouvernement malien pour ne pas aliéner les rebelles, ni trop proche de ces derniers pour ne pas perdre toute crédibilité auprès de Bamako. Une stratégie qui l’a conduite, depuis les années 1980, à fermer les yeux sur certaines activités tout en évitant de soutenir ouvertement les acteurs menaçant l’intégrité du Mali.
La présence en Algérie de l’imam Dicko, figure de l’opposition malienne en exil, est également un sujet de tension. Si le dégel se confirme, il devra probablement adopter un profil plus discret. Une extradition reste peu probable, mais son influence pourrait être réduite à néant.
Un rapprochement fragile et des défis persistants
Malgré les communiqués optimistes, la fragilité de cet accord est évidente. Les dossiers en suspens restent nombreux, notamment les accusations croisées qui ont marqué les quinze derniers mois. Par ailleurs, la reconnaissance par le Mali du plan marocain pour le Sahara occidental a été mal perçue à Alger, bien que l’impact réel de cette décision semble limité.
En définitive, ce dégel est-il une véritable avancée ou une simple parenthèse diplomatique ? Pour Michaël Ayari, les communiqués ne suffisent pas : « Il y a eu quelque chose de profond, mais cela ne garantit pas une évolution linéaire. » Les prochaines étapes seront déterminantes : renforcement de la coopération sécuritaire, discussions avec les groupes armés, et surtout stabilité sur le terrain. Car dans cette région, une avancée diplomatique peut rapidement être remise en cause par un regain de violence ou des tensions internes.
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