La République démocratique du Congo redéfinit les règles du jeu des minerais stratégiques à l’ONU
La richesse minière de la République démocratique du Congo n’est plus un simple atout économique, mais le cœur d’une stratégie diplomatique ambitieuse. À New York, lors de la réunion des Nations Unies dédiée aux minerais stratégiques essentiels à la transition énergétique, Kinshasa a marqué les esprits par une prise de parole sans ambiguïté. La ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a transformé cette tribune en un plaidoyer pour une refonte radicale de la gouvernance mondiale des ressources naturelles.
Transformer les minerais en levier de souveraineté
Le message porté par la diplomatie congolaise est clair : les pays producteurs de minerais critiques, comme la RDC, doivent cesser d’être de simples exportateurs de matières premières. « Une transition énergétique ne peut être qualifiée de juste tant que les nations qui détiennent ces ressources n’en tirent pas la valeur ajoutée », a déclaré la ministre devant l’assemblée générale. Elle a insisté sur l’urgence de développer des infrastructures locales, de moderniser les exploitations artisanales et d’investir dans les énergies renouvelables pour que la richesse minière profite pleinement à la population congolaise.
Cette vision s’appuie sur un constat implacable : la RDC, qui abrite près de 70 % des réserves mondiales de cobalt, ne bénéficie que d’une infime partie des bénéfices générés par l’exploitation de ses ressources. « Nous ne voulons plus être cantonnés au rôle de fournisseurs au rabais. Notre objectif est de devenir un pôle industriel africain autour des minerais stratégiques », a-t-elle martelé.
Le Rwanda dans le viseur de Kinshasa
L’intervention de la cheffe de la diplomatie congolaise a pris une tournure géopolitique en désignant directement le Rwanda comme un acteur clé dans l’exploitation illicite des ressources de l’Est de la RDC. S’appuyant sur les rapports du Groupe d’experts de l’ONU, elle a révélé que près de 1 400 tonnes de coltan, extraites frauduleusement de la région de Rubaya contrôlée par le M23, auraient transité vers Kigali. Ces transactions illégales généreraient environ 800 000 dollars américains par mois, alimentant directement les groupes armés opérant dans l’Est du pays.
Thérèse Kayikwamba Wagner a dénoncé l’absence de sanctions internationales contre les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves accablantes présentées. « Cette situation révèle les failles d’un système international incapable de protéger les États producteurs contre le pillage de leurs ressources », a-t-elle souligné. La RDC exige désormais un cadre plus rigoureux reliant la gouvernance des minerais à la paix, à la sécurité et au développement durable.
Vers un nouveau modèle de gouvernance mondiale
La RDC ne se contente pas de dénoncer les dysfonctionnements. Elle propose une réforme en profondeur de la chaîne d’approvisionnement des minerais critiques. Kinshasa plaide pour une traçabilité renforcée, impliquant tous les acteurs : producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières et pays consommateurs. L’objectif ? Mettre fin à la fraude, à la contrebande et au financement des conflits tout en protégeant les exploitants artisanaux légitimes.
« La transition énergétique mondiale ne sera durable que si elle repose sur une équité économique et une responsabilité partagée », a affirmé la ministre. En portant ce discours à l’ONU, la RDC cherche à repositionner le débat international sur les minerais critiques, en faisant de ce sujet un pilier des discussions sur la paix, la sécurité et le développement en Afrique.
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