14 juin 2026

Burkina Voix

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L’argentine sollicite l’appui du Maroc pour porter rafael grossi à la tête de l’ONU

Lors de la huitième réunion de la commission mixte et de la sixième session de consultations politiques entre l’Argentine et le Maroc, tenues le 11 juin à Buenos Aires, le gouvernement argentin a officiellement sollicité le soutien de Rabat en faveur de la candidature de Rafael Grossi au poste de secrétaire général des Nations unies.

L’administration de Javier Milei ambitionne de faire de l’actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) le successeur d’António Guterres. Pour y parvenir, elle cherche à obtenir l’appui du Maroc, dont l’influence diplomatique en Afrique et dans les instances multilatérales dépasse largement le cadre bilatéral, comme le souligne le compte rendu officiel argentin.

Les discussions ont été menées côté argentin par Roberto Salafia, sous-secrétaire aux négociations économiques internationales et à l’intégration, et Juan Manuel Navarro, sous-secrétaire à la politique étrangère. Fouad Yazourh, directeur général des affaires politiques internationales au ministère marocain des affaires étrangères, dirigeait la délégation du royaume. Les deux parties ont passé en revue les relations politiques, les grands dossiers internationaux et les pistes d’élargissement de leur coopération.

Buenos Aires a présenté cette candidature comme « l’une des principales priorités diplomatiques de l’Argentine dans le système multilatéral, portée par un responsable rompu aux crises internationales, au dialogue entre puissances et aux mécanismes des organisations internationales ». La démarche auprès de Rabat ouvre un volet africain crucial pour la campagne argentine, sachant que la désignation du prochain secrétaire général nécessite d’abord une recommandation du Conseil de sécurité, puis une nomination par l’Assemblée générale.

Une voix marocaine recherchée dans la bataille du Conseil de sécurité

Directeur général de l’AIEA depuis 2019, Rafael Grossi a acquis une stature internationale grâce à son rôle dans le contrôle des installations nucléaires exposées aux conflits, dans les discussions sur le programme atomique iranien et dans les efforts pour la sûreté des centrales ukrainiennes pendant la guerre. L’Argentine a officialisé sa candidature fin 2025 avant d’ouvrir une campagne auprès de gouvernements de diverses régions.

Le choix du Maroc repose sur un calcul diplomatique précis. Le royaume est actif au sein des institutions internationales, dispose d’un réseau dense en Afrique et dialogue avec les principaux centres de décision mondiaux. La partie argentine estime que « le soutien marocain pourrait accroître la crédibilité de la candidature de M. Grossi sur le continent africain et faciliter des convergences auprès d’États appelés à peser au Conseil de sécurité comme à l’Assemblée générale ».

Plusieurs personnalités d’Amérique latine et d’Afrique sont en lice. L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet bénéficie déjà de l’appui du Brésil. La secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), la Costaricienne Rebeca Grynspan, figure aussi parmi les candidates, aux côtés de l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Cette pluralité de candidatures impose à Buenos Aires de bâtir des soutiens au-delà de son voisinage régional.

La diplomatie argentine met en avant le profil à la fois technique et politique de M. Grossi. Son parcours à la tête de l’AIEA lui a donné accès aux négociations les plus sensibles sur la prolifération, la sécurité nucléaire et les conflits armés. Buenos Aires le présente comme « un diplomate capable de parler aux grandes puissances, de préserver des canaux de dialogue dans les périodes de tension et de rendre à l’ONU une capacité d’action politique plus ferme ».

Le Maroc occupe une place singulière dans cette stratégie. Son poids au Maghreb, ses relations avec de nombreux États africains, son activité au sein des institutions multilatérales et ses partenariats avec l’Europe, les États-Unis et les puissances du Sud en font un interlocuteur recherché. L’appui de Rabat offrirait à l’Argentine un relais politique dans une région où la bataille des voix pourrait être déterminante.

Un commerce bilatéral porté à 1,092 milliard de dollars en 2025

Les consultations de Buenos Aires ont également élargi le dialogue économique. Les échanges entre l’Argentine et le Maroc ont atteint 1,092 milliard de dollars en 2025, faisant du royaume le deuxième débouché africain des exportations argentines. Les délégations ont étudié les moyens d’accroître la part des produits à plus forte valeur ajoutée et d’ouvrir de nouveaux domaines de coopération.

L’agriculture, l’énergie, la santé, le tourisme, la sécurité sanitaire des denrées et les liaisons aériennes ont été au cœur des travaux. Les responsables ont souligné « la nécessité de donner au commerce bilatéral une structure plus dense, de rapprocher les administrations compétentes et d’encourager des projets communs dans les secteurs où les deux économies disposent de complémentarités immédiates ».

Pour l’Argentine, le Maroc constitue à la fois un marché, une porte d’entrée vers l’Afrique et un partenaire politique. Son industrie automobile, ses filières d’engrais, son aéronautique et son textile ont renforcé son poids dans les chaînes de production régionales. Buenos Aires voit dans cette base industrielle un terrain favorable à des accords commerciaux, à des coopérations techniques et à une présence accrue des entreprises argentines sur le continent.

De son côté, Rabat trouve en Argentine un fournisseur agricole majeur et un partenaire susceptible d’élargir ses liens avec l’Amérique du Sud. Les discussions ont porté sur les conditions sanitaires applicables aux produits agroalimentaires, sur les échanges d’expertise dans l’énergie et sur l’ouverture de liaisons aériennes capables de réduire les distances commerciales et diplomatiques entre les deux rives de l’Atlantique.

Enfin, la délégation argentine a souligné que « la relation avec Rabat dépasse désormais le commerce et offre un espace de concertation politique sur les grands équilibres internationaux, la coopération Sud-Sud et la représentation des pays du Sud dans les institutions mondiales ».