7 juillet 2026

Burkina Voix

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L’AES et la Russie : vers une alliance profitable ou une nouvelle forme d’assujettissement ?

La deuxième édition des consultations ministérielles entre les représentants de la Confédération des États du Sahel (AES) et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est tenue à Niamey le 8 juillet 2026. Présentée par les autorités comme un jalon décisif dans l’édification d’un partenariat basé sur la souveraineté et le respect mutuel, cette rencontre soulève cependant des interrogations quant à ses réelles implications.

Un rapprochement présenté comme un levier d’autonomie

Depuis plusieurs mois, les dirigeants de l’AES multiplient les critiques à l’encontre de l’influence persistante des anciennes puissances coloniales, notamment celle de la France, au nom de la défense de leur souveraineté nationale. Pourtant, l’idée de substituer une puissance étrangère par une autre interroge : cette stratégie garantit-elle réellement une plus grande indépendance ? L’histoire des relations internationales démontre que les alliances entre États s’inscrivent souvent dans des logiques d’intérêts stratégiques, économiques ou géopolitiques, où la notion de réciprocité reste parfois illusoire.

L’expansion de l’influence russe dans la région du Sahel

Moscou étend progressivement son emprise sur le Sahel à travers divers domaines. Collaborations militaires renforcées, accords diplomatiques, échanges commerciaux, diffusion culturelle et médiatique : les champs de coopération se densifient. Pour les gouvernements de l’AES, cette diversification des partenaires est présentée comme un acte de libre arbitre. Toutefois, certains analystes s’interrogent : cette influence grandissante pourrait-elle, à terme, engendrer une nouvelle forme de dépendance, tout aussi contraignante que les précédentes ?

Des partenariats toujours guidés par des logiques d’intérêt

Les grandes puissances n’engagent jamais leurs ressources dans une région sans en attendre un bénéfice stratégique. Que ce soit pour sécuriser l’accès aux matières premières, étendre leur influence diplomatique ou consolider leur positionnement en Afrique, chaque alliance répond à des objectifs nationaux précis. La Russie, comme d’autres acteurs, n’échappe pas à cette réalité.

Cette dynamique suscite des craintes sur le plan politique. Une alliance trop exclusive avec une seule puissance pourrait réduire la liberté de manœuvre des États sahéliens, limiter leur capacité à tisser des partenariats variés et les exposer davantage aux tensions géopolitiques mondiales. Dans un contexte international marqué par la rivalité entre grandes puissances, le risque est grand de voir le Sahel devenir un théâtre de compétition plutôt qu’un acteur véritablement souverain.

La souveraineté, un concept bien plus large que le choix d’un allié

La souveraineté ne se limite pas à la sélection d’un partenaire extérieur. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à préserver son autonomie décisionnelle, à cultiver des relations équilibrées et à défendre ses intérêts sans tomber dans une logique de soumission systématique. Les discours tenus par les autorités de l’AES mettent en avant un partenariat « gagnant-gagnant ». Pourtant, cette affirmation devra être corroborée par des actes concrets : amélioration pérenne de la sécurité, essor économique, création d’emplois, transfert de savoir-faire et consolidation des institutions locales. Sans progrès tangibles dans ces domaines, les promesses d’indépendance risquent de n’être que des déclarations sans lendemain.

L’avenir nous éclairera sur la portée réelle de cette coopération avec la Russie. Permettra-t-elle aux pays de l’AES de consolider leur autonomie, ou ne fera-t-elle que remplacer une influence par une autre ? Pour de nombreux observateurs, la véritable souveraineté réside moins dans le choix d’un partenaire dominant que dans la capacité à dialoguer avec tous, sans jamais se soumettre à quiconque.